lundi 24 juillet 2017

la mort d'Anne Dufourmantelle

Il y a dans le livre "En cas d'amour", d'Anne Dufourmantelle, un texte extrêmement touchant.

C'est une histoire qui commence par une noyade évitée, un homme qui plonge dans l'eau d'une rivière, sans réfléchir, pour aller au secours d'un enfant qui vient d'y sombrer.
L'enfant est sorti de l'eau, sain et sauf. Mais l'homme n'est pas indemne. Il a ressenti un désir imprévu, nouveau, pour cet enfant.
Je ne vais pas décrire ce qui s'en suit. Voici quelques fragments du texte, qui disent la façon et l'intelligence de l'auteur.

"Penser l'événement - un corps qui tombe dans une rivière, la mort qui vous prend puis vous détache, l'amour qui survient-, c'est peut être la chose la plus difficile qui soit donnée à la pensée."[...]
" L'événement fait effraction. Il ne peut pas se lire dans la continuité du réel. Il arrive. Il n'occupe aucune place préconçue, il est "traumatique" dans son essence même. Une promenade au bord de l'eau devient un acte sacré, le sauvetage d'une vie."[...]
"L'événement est un trauma parce qu'il ne s'appuie sur aucune donnée ancienne. Les soldats envoyés dans les tranchées n'avaient jamais pu concevoir une telle boucherie, l'inimaginable n'a aucun lieu où s'inscrire en nous, nulle part ne sont codés la boucherie inutile, la chair soulevée dans les airs, le meilleur ami éventré, nulle part même, à l'autre bout du spectre le coup de foudre, la révélation, la stupeur."[...]
"L'événement transcende notre capacité à le penser puisque la pensée naît précisément de ce heurt entre le réel et ce qui nous parvient, les frontières de ce "nous" étant gardées, depuis l'espace et le temps jusqu'aux données de la conscience, par l'expérience passée et la constitution même de notre être."
Il est beaucoup question dans ce texte du désir, en ce qu'il est lui aussi irruption événementielle, imprévue. Mais difficile ce jour où j'apprends la mort d'Anne Dufourmantelle, dans des circonstances proches du sauvetage évoqué plus haut, de ne pas en rester à l'image d'une catastrophe qui " n'a aucun lieu où s'inscrire en nous". 

"En cas d'amour" est sous-titré "Psychopathologie de la vie amoureuse", et est édité en poche chez Rivages.

mercredi 19 juillet 2017

amours folles

"Dès qu'elle est seule, elle se parle. Elle s'invente des personnages." C'est ainsi que les professionnels de la maison de retraite décrivent ma mère et ses monologues.

Difficile pourtant de dépeindre plus mal ce qui se déroule pour elle et ses discours solitaires. On sent que cette pseudo observation restitue un présupposé du personnel : si un pensionnaire parle tout seul c'est pour tromper l'angoisse de la solitude (donc la meubler d'autres fictifs).

Ce n'est absolument pas ce qui se passe ici.

Première chose mal observée :  ma mère ne se lance pas dans ces bavardages lorsqu'elle est seule. Elle peut le faire en votre compagnie dès lors qu'elle cesse d'être sollicitée. Ainsi, à côté de moi, si je reste un moment silencieux, la voilà qui va commencer à s'entretenir avec les objets, ou ce qui est dans son champ de vision, en proximité, ma main ou ses pieds pouvant dans ce cas faire figure d'interlocuteurs muets parfaitement convenables.
Deuxième chose mal observée : elle n'invente pas de personnage(s). Elle invente une relation. C'est le rapport avec l'autre qu'elle met en scène, l'autre étant, dans ce dispositif, tout à fait négligeable. Elle établit un lien avec le monde.

Que dit-elle ? Qu'elle aime. Parfois elle prend le temps de nommer l'autre : ce sera "tout beau", ou encore "toute belle". Mais le plus souvent elle s'en passe. Elle entre tout de suite dans le vif du sujet : "Je t'aime tellement, oh oui, je t'aime tellement, tel que tu es, je t'ai toujours aimé tel que tu es, oui. Oh oui, tu m'a manqué, je t'aime tellement."

Je pourrais être tenté de croire, quand elle s'adresse ainsi à ma main, ou à mon bras, que ce discours m'est en fait destiné. Ce n'est pas le cas. Si sans rien dire, lentement, j'enlève ma main de l'accoudoir du fauteuil où elle recevait ces éloges, ma mère va continuer son monologue avec le siège, en caresser le bois ou le tissu avec les airs inspirés qu'elle affichait en touchant ma peau.
Hier soir, dans son lit, c'est son propre cou qu'elle étreignait passionnément des deux mains, langoureusement, lui déclarant sa flamme et montrant un visage de tragédienne façon "ne me quitte pas".

On se sait pas qui elle aime vraiment, mais ça la relie au monde comme une corde d'alpinisme. Vertige.





tour du monde

Ce sont d'autres images, celles du retour : de la verdoyante Asie, humide, aux sables de l'Afghanistan, vagues de poussières et de terre. Des nuages suisses au cheval de fer francilien lors d'un étrange week-end de séminaires où je me trouvais successivement dans la peau de King Kong, une blonde dans la paume, ou dans celle de Gregor Samsa, blatte couchée dans l'ombre de sa chambre.
Et d'autres sables, ou poudre de soleil, dans les teintes orientales des gâteaux de Zozo (la fin du Ramadan), coeur tendre aux allures de fessier, clin d'oeil involontaire aux postérieurs californiens, rondeurs claires sur corps ambrés immortalisés par David Hockney (à Beaubourg en ce moment).









Bangkok

Pour les amoureux de la ville, quelques images...










mardi 18 juillet 2017

Singapour Bangkok


Ce que je n'ai pas montré de Singapour dans les billets précédents, c'est curieusement le paysage le plus "fameux" de la ville, c'est dire la marina qui s'étend devant l'hôtel Marina Sand. Coté ville, c'est une promenade où affluent les touristes pour se photographier devant le merlion, une vilaine sculpture mi-poiscaille mi-roi de la savane (!!...) qui crache un jet d'eau assez pathétique.
De l'autre coté de la marina, en direction de la mer, c'est là que se tient le gigantesque hôtel, mais aussi un musée en forme de lotus, un immense centre commercial sur plusieurs étages où l'on peut accéder en barque au niveau de l'eau, et deux pavillons flottants, dont l'un n'est autre qu'une boutique Louis Vuitton immanquable dans le panorama. Le tout ne m'a pas donné un sentiment de belle harmonie, et je n'aurai pas cru, sans l'avoir lu, que l'ensemble en entier avait été crée par le même architecte.



Après Singapour, nous sommes allés à Bangkok, et je ne l'écris ici pas spécialement pour raconter ma vie, mais dans l'idée (généreuse ô combien), de vous livrer la nouvelle adresse de mon masseur préféré. J'ai déjà commenté ici la spécificité du massage thaïlandais, mais j'avais sans doute gardé secrète l'adresse de Chaidee, le salon où je me rends chaque fois. Il se tenait auparavant juste derrière la rue touristico-routarde Khaosan Road. L'année dernière il a déménagé, suite à la réfection de l'immeuble qui l'abritait et à l'augmentation du loyer qui en a suivi.
Il n'est pas si loin de Khaosan, juste un peu plus haut, après avoir passé le premier klong (canal).


Tout cela date maintenant de plus de deux semaines, mais ce blog est maintenant si décousu, je n'ai aucun complexe à poster cela avec tant de retard.





dimanche 18 juin 2017

Singapour, fin

Nous devions fuir la ville pour une journée dans les îles... et pour différentes raisons nous avons renoncé mais pris du temps à regarder les bateaux et le large.

Dans la journée, on rejoint le grand building Pinnacle, que nous avions aperçu lors de notre première balade dans Chinatown, car nous avons appris que l'on peut se rendre sur le toit.
Les différents bâtiments de cet ensemble sont en effet réunis par un jardin passerelle au 26e étage, réservé aux locataires, et par un roof garden, au 50e, qui est accessible au public pour quelques dollars. Il faut cependant possséder aussi une Ez link card, carte de métro que nous n'avions pas acquise au vu des distances facilement avalées par nos bottes de sept lieues (et parce que les tickets de métro achetés dans les distributeurs se rechargent plusieurs fois, faisant ainsi office de carte).
On achète donc ce pass juste pour le plaisir de monter là-haut, et de bénéficier du panorama vraiment appréciable : le port qui décline toutes les couleurs des conteneurs métalliques, les buildings (dont la tour écologique rouge Oasia), Chinatown avec ses petites maisons coincées entre les gratte-ciel etc.
Le Pinnacle est par ailleurs l'occasion de dire trois mots d'une spécificité de Singapour : le HDB (Housing and Development Board). C'est la politique de construction de logements bon marché, imaginée au début des années 60 pour lutter contre les bidonvilles. Elle se double d'une politique d'intégration : des quotas ethniques sont observés de façon à contrer à la fois le risque d'exclusion de certains comme le risque de ghettoïsation. A la fin des années 70, déjà un tiers de la population vivait dans ces immeubles publics, Aujourd'hui 80% de la population habite dans un HDB !  Je ne sais pas exactement de quelle façon mais on peut aussi acquérir son logement, et j'ai lu que maintenant 90 % des occupants sont propriétaires.
Comme quoi la question du logement, c'est vraiment une question de décision politique.

Plus tard c'est à People's Park que nous déjeunons. C'est le nom du grand bâtiment vert et jaune que l'on aperçoit à gauche sur la photo de Chinatown (il porte aussi une immense inscription en idéogrammes rouges invisible d'ici), mais c'est aussi le nom d'un food court couvert gigantesque qui s'étend à ses pieds.

Le lendemain, c'était notre dernière demi journée sur place, nous nous sommes rendu dans un autre foodcourt célèbre de la ville, le Lau Pa Sat. Il se tapit en plein milieu des gratte-ciel du centre d'affaire, sous la structure restaurée d'un ancien marché. Le dimanche, c'est tout calme puisque les milliers de salariés entreprises situées dans les tours avoisinantes sont en repos.
C'est non loin d'un petit quartier bobo en diable qui tient dans un mouchoir de poche autour de la Telok Ayer Street. Temple taoïste, petit immeubles ripolinés et mosquée alternent avec tout un tas de restos cosy trendy.