dimanche 18 février 2018

l'abîme des ans

J'évoquais il y a quelques jours l'association de Daho avec mon ami C.
Il y a évidemment plein d'autres choses qui me rappellent des souvenirs partagés avec lui, et parmi celles-ci, celle qui me trouble le plus est l'odeur du cuir de mon Perfecto.
J'imagine que ce qui me fait utiliser le mot troublant, c'est la surprise, chaque fois, de l'association mnésique (un surgissement)  et le fait qu'elle se manifeste via ce sens si animal qu'est l'odorat.

J'ai acheté ce Perfecto en 1988 ou 1989. A l'époque, l'odeur du cuir neuf était sensible, d'autant plus quand la peau était exposée à la chaleur, si par exemple je portais ce blouson sous le soleil où dans un environnement confiné (je me souviens par exemple que quelqu'un m'avait fait une réflexion sur cette odeur à l'occasion d'un vernissage, dans ces années-là).

Depuis lors, non seulement le cuir a vieilli, mais je ne porte plus très souvent cet habit (que j'aime beaucoup, mais que je réserve plutôt aux déplacements en vélo les jours de pluie), et encore moins au soleil. A l'époque, je l'emportais couramment avec moi en été au bord de la mer : la mode n'était d'ailleurs pas de fouler le sable en tongs légères mais plutôt en boots de motard.

Tout cela pour dire que je ne suis plus guère exposé à l'odeur du cuir de ce Perfecto, maintenant discrète, et que lorsque cela arrive, comme il y a quelques jours quand je l'ai passé sur moi, c'est vraiment une surprise et cela me téléporte d'un coup dans d'autres lieux et d'autres temps associés à C.

Si je raconte tout cela ce n'est pas suite au message précédent concernant cet ami mais plutôt pour cette anecdote vécue il y a quelques jours dans un ascenseur.

Cela se passe dans une entreprise où j'interviens de façon régulière. J'entre dans l'ascenseur, vêtu de mon blouson, suivi par quelqu'un que je connais de vue : une silhouette de footballeur américain, mais en surpoids et ramollie, presque fondue, affublée de tout un tas d'articles de mode voyants et superflus, et d'une voix d'adolescente maniérée.

Soudain je l'entends dans mon dos me demander :
- "Votre Perfecto, il est vieilli ou bien vous l'avez acheté maintenant d'occasion ?"
Il ne me faut qu'une demi-seconde pour comprendre tout ce que cette question recèle.
-" Non, dis-je. Je l'ai acheté neuf quand j'étais jeune..."
-"Ah bon, vous l'avez gardé tout ce temps ?!!"
-"...Oui... En fait c'est moi qui suis d'occasion."

lundi 12 février 2018

où est passé Sda ?

Je lis peu la presse, et comme je n'ai pas la télévision, c'est la radio qui me tient le plus souvent au courant des remous du Monde. La radio, et les portails d'information Internet, bien que ceux-ci me vaillent couramment des fous rires : c'est leur rubrique culture, où il n'est quasiment que question de stars de la télévision dont j'ignore même le nom, où d'affaires tel le testament de Johnny dont l'aspect culturel ne me saute pas aux yeux, qui déclenchent mon hilarité moqueuse.

Bref. Hier les quelques échos concernant la cérémonie des Victoires de la musique m'ont amené à regarder une vidéo où Eddy de Pretto, Juliette Armanet et les BB Brunes reprenaient des airs de Daho. Bon, c'est vraiment difficile de chanter du Daho (ce n'est pas la peine que je partage ce medley sur ce blog), et j'ai donc eu envie de réentendre la version d'origine du "Premier Jour". Le clip est très étrange, je ne le connaissais pas et j'ai cru, au début, être victime d'un mauvais lien. Le voici ci-dessous.


En réalité, ce billet est une sorte de circonvolution autour d'une absence que je me retiens depuis un moment de matérialiser ici. Daho me fait irrémédiablement penser à mon ami C. C., plus connu des habitués du blog sous le pseudonyme de Sda, le Seigneur des anonymes. Quand je vois Daho chanter, je vois C. faire de même à l'aéroport, dans la cuisine, sur le chemin de la plage...
Re-bref : où es-tu passé, Sda ?

mardi 6 février 2018

bain de soleil

Rentré il y a peu en France, j'ai trouvé la transition difficile, mais ma première semaine de travail (très) intense a été suivie d'un plaisir rare : grâce à ma bonne fée M., j'étais averti depuis longtemps de la programmation du film The Swimmer au Forum des images, aux Halles, à Paris.

Il a fallu de la patience pour mériter ce joyau, car le projectionniste faisant défaut, la séance a commencé avec trois quarts d'heure de retard. J'ai profité de cette attente pour relire ce que j'avais dit de ce film sur ce blog, ce que je ne fais que rarement (ici et là pour la bande annonce). C'est toujours amusant et troublant pour moi de retrouver ces articles d'un temps où j'écrivais beaucoup et régulièrement. Cependant je ne suis pas arrivé à retrouver d'où m'était venu mon intérêt subit pour John Cheever.

Le film, dont il vaut mieux ne pas dévoiler le scénario pour garantir aux futurs spectateurs le plaisir de la découverte, voire de la surprise, peut tout de même être décrit pour ce qu'il est : une étrangeté. 

Par sa forme déjà. J'ai déjà décrit ici le Technicolor d'époque qui, aujourd'hui, prend des allures de manifeste esthétique. L'autre bizarrerie formelle vient du propos lui-même, qui suppose un héros (Burt Lancaster), filmé du début à la fin en maillot de bain, alors qu'il partage pratiquement toutes ses scènes avec des partenaires habillés. 
En effet Neddy, le personnage principal, décide de rentrer chez lui à la nage, c'est dire en passant par toutes les piscines qui se trouveront sur son chemin jusqu'à sa maison. L'idée est déjà saugrenue. Ce drôle de chemin faisant, moitié courant dans les bois pieds nus, moitié se jetant dans des bassins privés et même dans la piscine municipale, Ned Merrill côtoie des Américains aisés, sirotant des drinks et faisant la fête dans leur jardin, qui, eux, affichent un look sixties plutôt apprêté. Nous sommes dans la banlieue huppée du Connecticut et la piscine, avec ses accessoires, est un marqueur du standing de ses propriétaires.




Il est difficile de ne pas penser à l'imagerie de Tarzan à voir cet acteur en culotte taille haute sans arrêt à l'écran, et les scènes les plus inattendues s'enchaînent, que ce soit Burt Lancaster faisant la course avec un cheval ou mimant le saut de haie en compagnie d'une jeune fille, ancienne baby-sitter éperdue. Les situations sociales autour des piscines sont également pleines de bizarrerie, le héros montre des réactions ou des attitudes tout à fait imprévues, et le spectateur doit continuer d'accepter avec toujours plus d'incrédulité l'irruption de cet homme à demi-nu, sourire Colgate aux lèvres, dans les lieux les plus divers.
Bref, c'est vraiment un petit moment de cinéma très jouissif. 

Après-coup j'ai appris que c'est Sidney Pollack qui avait terminé le tournage du film, généralement crédité au réalisateur ayant commencé le job, Frank Perry. L'extrait ci-dessus est un caméo de John Cheever, c'est-à-dire la figuration de l'écrivain dans le film : c'est bien sûr l'homme de droite.

dimanche 28 janvier 2018

vues sur Bangkok, suite

Pour le plaisir, les deux derniers paysages aperçus depuis les fenêtres lors de cette fin de séjour...


mercredi 24 janvier 2018

chapitres


"[...] Je n'enchaîne jamais un livre après un autre, j'attends quelques jours de me préparer au dépaysement, pour les mêmes raisons qu'on reste silencieux en sortant d'une séance de cinéma ; je passe une frontière qui m'impose une quarantaine." 
Au cours de ce voyage je n'ai bien sûr pas observé cet usage, décrit par Catherine Millet dans "Jour de souffrance " (éd. Flammarion) bien que je lui reconnaisse sa justesse. Je ne disposais pas de ce temps de latence interstitiel.

J'ai donc fait suivre les lectures les plus hétéroclites. "Sexotherapies", de la journaliste Elsa Fayner, dont le pluriel du titre ne laisse  pas présager que l'on va suivre la pratique d'une seule thérapeute, et qui, je l'avoue, ne m'a pas appris grand chose. "Jour de souffrance", déjà cité. "Sur la plage de Chesil", de l'anglais Ian McEwan, que j'avais acheté par curiosité, ne connaissant rien de cet auteur. Un livre que je ne ramènerais pas dans ma valise,  de même que celui de l'irakien Sinan Antoon,  "Seul le grenadier". "Les Rameaux noirs", de Simon Liberati (éd. Stock) , dont j'attendais beaucoup et qui, forcément, a déçu cette attente. J'imaginais une nouvelle family affair autour de son père,  dont j'avais lu expressément le livre "Vieux Capitaine" (Les éditeurs français réunis, 1958), mais ce n'est ni l'objet ni le ton de cet ouvrage. Enfin je commence un autre Millet, "Une enfance de rêve" (Flammarion également) ,  ce qui confirme mon goût du récit,  et plus particulièrement du roman familial... Une addiction ?

Mais la question qui s'est posée de façon aiguë était aussi celle du bon enchaînement des massages. Trouver le bon équilibre (tête, corps,  pieds...), la bonne fréquence. Citons-en les auteurs : Jeam, Maew,  Aui,  King... 

lundi 22 janvier 2018

Paris, Bangkok, Ko Samui, Bangkok

J'ai assez bien respecté mon programme de départ. Ne rien faire. Sinon lire, nager, dormir, manger, se faire masser, ces quasi non-activités combinées de multiples façons.

Écrire ne figure pas dans la liste, je contreviens donc à ce principe d'origine,  mais celui-ci devait par ailleurs s'assouplir puisque je m'etais engagé à rendre visite à une amie installée depuis quelques années à Ko Samui, et ce projet nécessitait du "faire" : prendre l'avion et paraître aimable,  par exemple.

Toute circonstance météorologique était la bienvenue pour cette sélection de non-activités qui se déroulent à loisir sous un soleil éclatant ou une averse d'Asie, étant entendu que la chaleur ici ne fait pas défaut.

De retour à Bangkok pour quelques jours, j'opère dans la ville,  comme la première semaine,  une forme de voyage intérieur : changer de quartier et d'habitat.
Voici une série des différentes vues qui se sont pour l'instant offertes aux fenêtres des chambres que j'ai occupées.