dimanche 2 septembre 2012

projections

C'est l'anniversaire de ma mère dans quelques jours. Je vais la voir demain. Deux ou trois semaines se sont écoulées depuis ma dernière visite chez elle où je l'avais trouvée assez en forme d'une certaine façon, à nouveau diminuée d'une autre.
Son visage commence à ressembler maintenant à celui de sa propre mère. À part la mémoire, elle perd curieusement certaines facultés de raisonnement. Elle avait l'air, cette fois, déterminée à se faire suivre médicalement pour ces problèmes, mais je doute qu'elle persiste dans cette voie.


On discute à nouveau de ce qu'elle pourrait avoir envie de faire à la rentrée ; je tente de la persuader depuis longtemps de suivre une activité qui l'obligerait à des contacts sociaux, à une ouverture sur le monde, toutes choses qui me semblent propices à ralentir un certain vieillissement : gymnastique, cours de dessin, atelier d'écriture, cinéma... Tout y passe et rien ne la tente. Elle affirme qu'elle est heureuse chez elle à faire peu de choses, lire beaucoup, sortir pour quelques courses dans son périmètre bien connu. Finalement elle dit : "je vois bien que je ne suis pas comme vous aimeriez que je sois."

Je prends cette phrase dans la figure. Je n'ai jamais crédité ma mère d'une grande intelligence, ni d'une grande clairvoyance psychologique. Là, en revanche, elle épingle très clairement mes projections intimes sur la vieillesse. Elle ne se trompe pas sur mes intentions "louables", et elle ne les remet pas en question : mais elle me questionne sur autre chose.
Il est vrai que dans ma famille de centenaires, aussi bien du côté maternel que du côté paternel, les grands-parents et arrières-grands-parents ont toujours été des modèles de dynamisme, de présence au monde, aptes à transmettre. J'imagine qu'inconsciemment je jauge, sans la juger, ma mère à cette lumière qu'elle semble trouver trop crue pour elle. Je ravale mes grands discours, mes caisses de sollicitude, mes valises de "il faudrait que" et prends sa main ridée.
Une jolie petite pierre dans mon jardin que je garderai longtemps comme on garde quelquefois un galet ramassé sur la plage.

Je reçois ce soir un sms d'une amie qui a été voir la Vierge, les Coptes et moi, film que je conseille à qui veut m'entendre depuis mercredi soir. Elle se dit émue.
La bande annonce du film laisse penser qu'il est cocasse, drôle. C'est vrai. Mais il est surtout émouvant. Souvent d'ailleurs, le réalisateur lui-même semble partir d'un petit rire, s'évader par la dérision.
J'imagine que mon amie ML, comme moi, aura été touchée par la scène primordiale du film (on aimerait écrire la scène primitive), qui dure fort peu : celle où l'on raconte au réalisateur comment, à lui tout bébé que sa mère avait laissé au village pour partir en France, on expliquait qu'elle reviendrait, qu'elle réapparaîtrait, fidèle au portrait d'elle accroché au mur en pisé.

2 commentaires:

  1. 2 septembre:
    je fête aussi ce jour les 80 ans de ma propre mère avec laquelle j'ai tenté de remiser mes propres projections il y a quelques temps et à qui j'ai pu exprimer ce que je gardais secrètement et douloureusement depuis 40 ans!
    Un moment où pour la première fois j'ai senti ma main dans la sienne, mon coeur un peu plus près du sien
    Je lis les quelques lignes de ce post avec des émotions, en écho ...je crois (non, je suis sûre!) que ma mère aime aussi ces "horribles" fleurs artificielles. Ah mes projections sur la vieillesse synonyme de raffinement,d'élégance et de douceur....
    Merci à ta maman de me rappeler de changer de lunettes

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  2. Suis allée voir ce film; un moment de plaisir simple et frais comme un petit vent d'orient qui souffle le soir à la terrasse.
    J'ai adoré cette palette de moments ordinaires et extra-ordinaires emplis d'émotions subtiles.
    je crois que j'aurais aimé avoir une mère pareille...quoique???
    Ce qui est sûr, je m'expatrierais bien là-bas pour des séjours prolongés tant je me sens proche de ces ambiances.
    Merci de cette recommandation

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