mardi 19 juillet 2011

radio days

Samedi je téléphone à mon amie Danièle qui, lorsque je la questionne sur qu'apporter pour le dîner, me répond : des fleurs. Quelle bonne idée, j'adore acheter des fleurs et je me rends chez un fleuriste chez lequel je prends d'habitude les plantes en pot que les fleurs coupées, histoire de voir. Dehors c'est gris, la pluie menace et le vent balaye tout.


Clairval Radio Constructeur, voilà ce qui est inscrit
sur la devanture de bois.
Avant j'emprunte le passage des petites-écuries où j'ai remarqué le matin même qu'à l'occasion de la réfection d'un magasin, toute la devanture a été démontée et laisse entrevoir l'ancienne boutique, ses boiseries d'un beau jaune et la vieille typographie rouge à effet ombré. 
Malheureusement avec la végétation devant il est impossible de saisir une image qui rende compte de cette impression de décor de cinoche. L'idée de façade factice que l'on aurait dressée pour un tournage est renforcée du fait que, dans le même passage, un peu plus loin, deux commerces ont refait peau neuve et sont flambants neufs : une épicerie a laissé place à un restaurant (encore, on ne fait donc que manger dans ce dixième arrondissement !!?) mais le deuxième, je ne l'ai pas encore vu ouvert, je ne sais ce dont il s'agit.


Chez le fleuriste il y a peu de choix mais les roses anciennes sont magnifiques. Je regarde une carte postale punaisée sur le mur : le commerçant me fait l'article de la ville tunisienne photographiée. C'est Sidi Bou Saïd, "avec le café des Délices, vous connaissez la chanson de Bruel ?, eh ben c'est là" etc etc. Sa description débute comme s'il s'agissait d'un petit village biscornu et préservé où l'on aurait envie de se perdre, pour finir par décrire une banlieue cossue, "de l'autre côté, y'a des yachts, on se croirait à Monaco, l'année dernière Bill Gates y est resté quinze jours, quinze jours, Bill Gates..." L'endroit rêvé à éviter.
Oui, il est Tunisien le fleuriste, "mais du Faubourg maintenant, depuis plus de trente ans. Le 3 septembre 83 j'ai pris la boutique, avant il y avait une librairie, à côté c'était un café. Et avant j'étais là-bas, chez le primeur."
Comme la boutique fait face à une école il ajoute : "j'ai des clients, je les voyais aller à l'école et maintenant ce sont leurs enfants qui y vont. Ça passe, ah oui ça passe vite."


J'essaie d'imaginer, encore trente ans : les gens qui seront sous terre et moi, peut-être, quatre-vingt balais, la peau tombée et la mémoire effacée. La nouvelle devanture qui sera comme l'autre, démodée et recouverte à son tour.


Quand je sors il pleut et le plastique transparent qui protège les fleurs se couvre de petites perles.

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