lundi 6 février 2012

avaler des couleuvres ?

Ce week end j'ai utilisé pour la première fois une machine à détruire les documents. Pendant que je livrais les feuilles, promises à la disparition, aux mâchoires de l'engin celui-ci rugissait avec des cris semblables à ceux d'un mixeur et je me demandais si les bureaux des ministères allaient bientôt bruirent des mêmes grondements à l'approche de l'élection présidentielle.
Cette expérience est l'inverse de celle du pliage :
mes piles de paperasserie à lacérer, un fois mises en lanières,
occupaient dans la pièce un volume pharaonique
– des sacs et des sacs poubelle.


Quelques jours avant j'avais pris connaissance des dernières déclarations du président de la République, notamment les dispositions liées au logement. En permettant de construire 30% de plus, c'est mathématique, on fera baisser le prix des loyers. Cet axiome immobilier asséné comme une évidence m'apparaissait plutôt comme un conte à dormir debout. Dans les colonnes du Figaro Économie (pas vraiment réputé pour être anti-sarkozyste...) on pouvait avoir confirmation du mirage : 
«Nicolas Sarkozy n'est pas allé au bout de son raisonnement, estime Alain Dinin, PDG du promoteur Nexity. Il n'a pas plafonné le prix du foncier et les prix de vente des logements. Or, aujourd'hui, avec la hausse des taux d'intérêt, la mensualité des Français, à achat équivalent, a augmenté de 14% en un an.» En clair, sans baisse des prix, il n'est pas certain qu'il y ait suffisamment d'acquéreurs solvables pour ces logements supplémentaires.

Outre l'obligation d'une régulation pour que la mesure soit efficace, l'article soulignait aussi que bon nombre d'augmentations de hauteur d'immeuble se verraient contrer par les riverains et que, d'autre part, le prix des terrains – qui voient leur surface constructible augmenter – devrait aussi grimper. 

Malgré cela, j'entendais à la radio quelques ministres répéter à l'encan toute la semaine : 30 % de plus, c'est mathématique, ça va faire baisser les loyers. J'en déduisais donc que ces ministres s'y connaissent moins bien que les professionnels de l'immobilier, et plus grave, moins bien que moi qui n'y connaît rien. Ou manquent-ils du plus élémentaire bon sens ?

Quelques jours plus tard je regardais l'intéressant documentaire la République de la malbouffe, que l'on trouve en ce moment en vente avec le magazine Rue89, réalisé par Jacques Goldstein sur une idée de Xavier Denamur. Film simple, efficace et instructif  (et tout cela pour 5 euros, je le conseille). 

On y voit Christine Lagarde, parfaitement avertie du fait que la baisse de la TVA à 5,5 ne va pas profiter aux consommateurs (mais à la restauration rapide qui réalisait jusqu'alors la majeure partie de son chiffre d'affaires avec une TVA à 19,6), faire comme si de rien n'était, et tout honte bue, passer d'un établissement à l'autre comme le père Noël le fait le  24 décembre d'une cheminée à l'autre. Effrayant.

De son côté René Dosière, ce fameux député qui s'attache à calculer et évaluer les dépenses de l'État établit qu'un ministre coûte environ 17 millions (voir ici son interview sur le Nouvel obs) par an. Un tiers de ce montant est consacré à des dépenses qui relèvent de la seule communication politique personnelle du ministre. Si on y ajoute le temps passé à certifier des inexactitudes, et à voler au secours des camarades encombrants (ceux par exemple qui pensent que toutes les civilisations ne se valent pas...), ça fait tout de même très cher le service néfaste à la société dans son ensemble.


Que se passe-t-il dans les têtes de ces gens-là ? Le profil du politicien élu sur des promesses non tenues et menteur comme un arracheur de dents me paraît une caricature du XIXe siècle mais je le retrouve chaque jour dans les journaux et sur les ondes. Se satisfont-ils vraiment de ce jeu de dupes ?

Pensent-il que les journées passées et les propos tenus sont comme ces feuilles de papier inutiles que je glisse dans le destructeur d'archives ?

2 commentaires:

  1. Me suis souvent demandée pourquoi je ne triais pas ma paperasse, jeter mes vieilles revues, faire des sac de mes nippes AVANT un déménagement, et pas après, après les avoir transportés consciencieusement à dos d'âne ou dos d'homme... D'autant que les mètres carrés de logement nous sont comptés au prix très fort... Je vois que je ne suis pas seule à faire de même, ça me rassure un peu. Battons nous pour une pièce supplémentaire, disons 30% de surface en plus, dans nos appartements, pour stocker nos archives ! Enfin, battons nous surtout, pour ne pas nous laisser refiler des serpents à gober...
    Claude

    RépondreSupprimer
  2. Il est temps de ressortir ce vieux tube :
    http://www.dailymotion.com/video/x9izoz_tonton-david-sur-et-certain_music

    RépondreSupprimer