jeudi 29 mars 2012

police

Samedi ce n'était pas le jour. J'étais arrivé au commissariat pile en même temps que deux jeunes filles qui venaient pour la même chose : une procuration. Le policier à l'extérieur qui organise un premier tri dans les visiteurs nous avait laissés entrer en précisant "y'a de l'attente". Confirmation à l'intérieur, au guichet d'accueil : le week end n'est pas le bon moment pour cela à cause du manque d'effectif. "Comprenez, la personne qui peut s'occuper des procurations doit aussi s'occuper d'autres choses..."

Lundi midi nouvelle tentative. Même tri à l'entrée, puis attente au guichet. Il y a devant moi une femme en train de remplir un questionnaire, un homme qui vient là pour un vol de mobile, et tant qu'il y est, une procuration aussi. De l'autre côté du guichet, une fonctionnaire d'un profil que vous devez connaître : celle qui aime quand votre dossier est incomplet, qui semble jouir de vous dire non et parait considérer l'humanité entière comme une bande de rigolos qui tentent de lui extorquer quelque chose qu'elle ne veut pas donner. D'ailleurs quand la femme lui tend son formulaire, c'est à grosse voix, et balayant toute l'assistance du regard pour nous prendre à parti, qu'elle vocifère. 
-"Mais voyons, là aussi il faut remplir. Ce n'est pas terminé. Il faut lire." 
Re mimique vers nous. À la cantonade : "Les gens ne savent plus lire."
L'homme qui dépose sa plainte pourrait aussi faire sa procuration ici puisqu'il travaille dans le quartier, s'il a une attestation de son employeur "mais faites-le à votre domicile c'est plus facile" dit la femme qui ne sait même pas où l'autre habite ni quels sont ses horaires de travail.

C'est mon tour. 
-" Vous avez un justificatif de domicile ?"
-"Eh bien non car avant de venir j'ai consulté Internet, ce n'était pas indiqué qu'il en fallait un"
- "On ne peut pas tout noter"
-"Euh, mais j'ai tout de même ma carte d'électeur"
-"C'est votre adresse-là?"
-"Non, je viens de déménager il y a trois mois. Mais je suis toujours dans le 10e"
-"Vous n'avez aucun document avec votre nouvelle adresse, une quittance de loyer, un chéquier..."
- "Si un chéquier. Regardez ma nouvelle adresse est là, c'est toujours dans le 10e"
-" Mais c'est encore une autre adresse sur votre carte d'identité ?"
-"Oui, sur ma carte d'identité c'est une adresse encore plus ancienne mais ça ne change toujours rien, c'était toujours dans le 10e"
-"Ce n'est pas très facile si vous déménagez tous les trois mois"
-"??? mais je ne déménage pas tous les trois mois ?!!"
-"Enfin là j'ai trois adresses et aucune qui est bonne!"
-"??? au contraire, elle sont toutes bonnes, elles ne correspondent pas aux mêmes périodes, c'est tout!"
-"De toutes façons ce n'est pas possible car cette année, la Mairie envoie de nouvelles cartes et vous ne pourrez pas voter sans cette nouvelle carte. On ne sait pas si vous serez dans le même bureau de vote qu'avant. Il faut que vous alliez à la Mairie pour vérifier."
Ça y est, ça a été long, mais elle a réussit à dire non.

 Ce matin j'y retourne. (Entre temps je suis allé à la Mairie et comme je m'y attendais tout le monde a bien rigolé et me confirmant que tout cela était des sornettes et que le commissariat n'avait absolument pas à se préoccuper du bureau de vote ni à me poser toutes ces questions.) 
J'avance d'un pas décidé et le policier en faction m'appelle et me demande si j'ai une carte professionnelle. 
-"Une carte de quoi ?"
-"Vous travaillez ici ?" Je ne sais ce qui lui a fait croire que je n'étais pas un citoyen lambda,  mon air déterminé, ma chemise blanche ou l'heure matinale... ?
Ma requête éclaircie me voici autorisé à accéder au guichet. Je suis seul. Le hall est gris, un mur décoré de typographies qui retranscrivent la déclaration des Droits de l'Homme, des toilettes sans porte attirent l'œil par la lumière blanche de bloc opératoire qu'elles diffusent dans la pièce sombre. Un policier grand et mince arrive et me donne les formulaires ad hoc sans me poser de questions superflues et en m'expliquant clairement comment remplir. Il est courtois, un peu emprunté : on pourrait l'imaginer entravé par la taille de son corps. De temps en temps il se retourne comme s'il avait peur qu'on l'observe ou que je sois complice d'une caméra cachée destinée à le piéger.
En réalité il est embarrassé car lui "n'a pas la Marianne". Comprendre : il n'a pas le tampon officiel pour valider ma demande. Du coup il doit aller trouver quelqu'un dans les étages pour faire tamponner le formulaire. Je ne sais pas si sa gène est de me faire attendre ou de se révéler en quelque sorte subalterne, dépendant du bon vouloir d'un supérieur.
C'est assez rapide malgré tout. Pendant que je suis sur place arrivent une jeune fille pour une procuration, un jeune homme pour vol et utilisation abusive de chéquier, un autre homme qui veut porter plainte pour une histoire de voiture. Je remarque que le policier est bienveillant, il prend l'initiative de rassurer le jeune homme au chéquier : "vous verrez, vous serez remboursé assez rapidement."

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