jeudi 23 juin 2011

chronique d'un été

Je débute la journée en regardant des extraits de Chronique d'un été (Paris, 1960). Après les premiers tournages africains, Jean Rouch, à la demande d'Egdar Morin, détourne son regard entomologiste de l'homme noir pour le porter sur l'homme blanc, qui est aussi un sauvage. Il s'agit de questionner les Parisiens sur leur idée du bonheur. La prise de son est synchrone à la capture des images. 
Je regarde cela sur le Net, et la plus longue vidéo que je trouve est sous-titrée en espagnol. La première phrase du film s'affirme comme une forme de manifeste : "Ce film n'a pas été joué par des acteurs, mais vécu par des hommes et des femmes qui ont donné des moments de leur existence à une expérience nouvelle de cinéma vérité." Et le sous-titre espagnol indique "ciné-realidad". Sacrilège, confondre vérité et réalité (c'est du niveau de Luc Ferry) !

Plus tard, constatant que c'est le dernier jour pour découvrir l'œuvre de Anish Kapoor dans le cadre de Monumenta, je passe au Grand-Palais espérant que tout le monde aura oublié cet événement et que je serais seul à en profiter. Pas du tout : je suis parfois d'une naïveté confondante.




J'espère que ma cape d'invisibilité va me permettre de zapper la file d'attente, car j'ai un a-priori défavorable sur cette mega sculpture, je doute d'être emballé (subtile référence à Christo), et je peste d'avance contre cette mode de l'art contemporain qui amène les foules au musée comme au parc d'attractions.
Ma cape magique fonctionne, me voici devant la vilaine petite porte à tambour qui, hop!, me conduit directement dans la sculpture : impression désagréable de chaleur, d'étouffement, de foule. Idéal pour cultiver e-coli.
Dire que j'avais évité le jour du vernissage pour ne pas me taper les hordes de barbus néo-post-modernisés et les petites robes noires sur stilettos. Des gens debout, d'autres assis, beaucoup avec des appareils photos dont les displays lumineux créent de petites fenêtres trop vives dans l'ambiance rougeoyante. Comme tous, je tends le cou, lève la tête, laisse mon regard balayer cette structure de dirigeable redevenu terrestre. Je ne suis pas très intéressé, pas très ému : je le fus plus en me glissant entre les courbes métalliques de la Matière du temps, de Richard Serra, à Bilbao. 


Puis soudain le soleil éclate et, à l'intérieur de la sculpture, c'est le spectacle impressionnant des verrières du Grand-Palais projetant leurs ombres sur la surface de l'œuvre. La voici vivante – le dehors et le dedans existe bien – c'est la journée idéale pour la découvrir puisque le ciel par alternance nuageux produit du terne-lumineux, du vivant-mort, du mouvant-statique. Et la foule n'est plus gênante car la regardant regarder dans ce drôle d'espace aux références organiques (interne-externe, sang, peau...) j'ai le sentiment de participer à l'ensemble, moi aussi attendant le miracle de la lumière pour actionner mon appareil numérique. Rythmes, pulsations etc. Je ne boude pas mon plaisir.




En sortant, la bête d'Anish Kapoor montre son épiderme et ses rondeurs sous la nef, et on ne peut la prendre en photo sans prendre en photo d'autres gens qui la prennent en photo. C'est difficile d'imaginer que des visiteurs grouillent à l'instant dans cet énorme œsophage et que moi-même j'y traînais quelques instants plus tôt.
Je quitte le Grand-Palais et croise une femme qui crie dans son téléphone : "je ne te dis pas que tu mens je dis que la façon dont tu parles camoufle une partie de la réalité!" Le réel, encore. La face cachée.





Je passe devant le cirque des frères Forman,  ils ont monté à côté du théâtre du Rond-Point un petit chapiteau qui ressemble à une boîte à musique. Des artistes s'entraînent au trampoline. Il paraît qu'il n'y a plus de place pour leur spectacle Obludárium. Dommage. 
Je ne résiste pas au plaisir d'aller acheter du Michel Foucault (le tome I des Dits et écrits) au Virgin des Champs-Élysées bien que ma cape d'invisibilité ne fonctionne pas aux caisses du magasin. Et c'est long.

1 commentaire:

  1. On a fait tellement de tapage pour les Frères Forman que je me suis fait avoir. N'aies pas de regret pour Obludarium. Cirque usé, y a rien à voir !

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