dimanche 31 octobre 2010

dragons

Est-ce que j'ai anticipé que les résultats de la fibroscopie puissent être mauvais ? Non, je ne crois pas. Sinon, j'imagine que j'aurais passé cet épisode sous silence. Me voilà, une première fois, piégé par ce blog, en tout cas par l'exposition de moi sur ce blog.

Que dire ? Hier, lorsque le pneumologue, le docteur T., est revenu vers moi après mon réveil suite à la fibro, il m'a parlé d'une anomalie, c'est son expression. D'ailleurs, je n'ai pas eu le loisir de le questionner plus, car il s'est de suite énervé avec son histoire de rendez-vous : il avait décidé sans me concerter que nous aurions rendez-vous le mercredi car il s'était aussi soi-disant décarcassé pour avoir les résultats d'analyses ce jour-là. 
Il se trouve que moi je n'avais rien demandé de tout cela, que cette semaine et la suivante je n'ai pas le loisir de m'absenter en plein après-midi (je bosse même le premier novembre), mais tout cela l'a mis en colère de façon irrationnelle. C'est tout de même la deuxième fois cette semaine que je me faisais engueuler par un médecin (voir billet du 25/10) : merci du soutien.

Ce soir, coup de fil de EMA, ma chère doctoresse, avec laquelle j'avais pris cette semaine un rendez vous pour le 17 novembre. Surpris de l'entendre, je me dis qu'elle devait se souvenir de la date de la fibroscopie et qu'elle appelait pour prendre des nouvelles.

En réalité, non. Elle avait eu le docteur T. au téléphone, qui l'avait mandaté pour me décider à accepter le rendez-vous du mercredi.
(Le docteur T. me prend visiblement pour quelqu'un qui refuse ses rendez-vous par caprice mais qui a tout son temps de libre, et qu'une personne bien intentionnée va pouvoir faire changer d'avis. Le docteur T. me prend pour un crétin. Je me pince.)

Moins sympa pour elle et pour moi, le docteur T. s'est déchargé sur elle - sans le lui dire clairement je pense -, de m'annoncer que mon cas est grave et nécessite une intervention. De l'anomalie du vendredi soir annoncée entre deux rideaux en plastique vert pâle, on passe à des euphémismes variés qui ne disent pas le nom cancer mais ne disent que ça (il faut dire que nous parlons sans les résultats d'analyses). Avec une pression, un stress, une injonction à prendre les choses en main comme s'il fallait que dans une semaine je sois sur le billard (je me pince une deuxième fois, ça doit être l'image du crabe qui fait son chemin).

Je suis assez mal à l'aise car je suis habité par deux sentiments contraires : l'exaspération, très forte, due aux manières du docteur T. (entre temps, j'apprends que l'urgence du rendez-vous du mercredi est aussi liée au fait que le doc parte en vacances le jeudi...), et la volonté de lutter contre le stress de tous ces médecins (ce n'est pas le calendrier médical qui va rythmer ma vie, ce sont les actes médicaux qui vont se caler entre mes projets).
Du coup j'élève pas mal la voix et j'en suis désolé pour EMA (surtout que vraiment, je  pense qu'elle n'a pas pris la mesure du mauvais tour que lui a joué le docteur T.).

Mais il ne faut pas lutter contre le malade au prétexte de lutter contre la maladie. Pour la suite c'est moi qui décide. Moi moi moi.

D'ailleurs, je pense que leurs mâchoires vont se décrocher quand ils vont savoir que je pars deux semaines en Thailande avec Alain à la fin novembre...

vendredi 29 octobre 2010

broncher

Après une matinée de travail plutôt sobre (d'autant que je suis à jeûn depuis huit heures du matin) mais efficace, je pars à la clinique.


Là-bas, attente un peu longue avant qu'un ressortissant étranger, qui n'a pas d'assurance en France, accepte de faire les chèques de caution demandés par la secrétaire de l'accueil. 

L'obsession avec moi, apparemment, c'est "vous êtes bien à jeûn?," que toute personne rencontrée me demande (secrétaire, anesthésiste, médecin, infirmier). 

Le début se passe bien : les gens sont courtois, le personnel est plutôt décontracté, mon infirmier n'arrive pas à sortir le lit roulant de la chambre et reste bloqué dans le couloir ("je n'ai pas l'habitude de brancarder") ce qui est l'occasion d'une fausse partie de voiture tamponneuses avec les brancards.
Le pneumologue regarde la dernière radio sur l'écran lumineux et finit par trouver lui-aussi que vraiment, ça ne s'arrange pas, ça devient inquiétant. Il parle pas mal de cancer ce qui ne me fait pas trop plaisir, et signale que ce qui sera prélevé partira dans deux labos, un pour les bactéries, l'autres pour les cellules suspectes.
L'anesthésiste est moins Laspalès que la dernière fois, il a dû se raser, mais il est encore plus jovial que je l'avais identifié, entrant en braillant qu'il ne trouve pas son masque (moi je l'imagine avec un truc de mardi gras sur le visage genre Winnie l'Ourson), on ne s'entend presque plus parler avec le pneumologue, en réalité il cherche le petit masque en papier qui couvre nez et bouche, il chantonne pom-pom-pom pendant qu'il me pique le bras.
Ensuite c'est le moment magique de l'endormissement. Puis presque aussitôt le réveil. 
Je ne sais pas si j'ai rêvé ou non mais j'ai le sentiment d'avoir eu avec  l'infirmer de la salle de réveil une conversation bizarre. Observant un livre qu'il aurait eu avec lui, je lui aurais demandé ce que c'était et il m'aurait révélé : "Au bonheur des  dames ", de Zola. Je lui aurais demandé de me le prêter et il aurait fait la sourde oreille (comme on ferait la sourde oreille à un malade qui divague...). Mais j'aurais tout de même insisté pour l'avoir, sans succès.

Plus tard nous est servi, à moi et mes collègues d'endormissement allongés dans des box à côté, un petit déjeuner qui fait du bien.

La où ça se gâte : c'est l'arrivée du pneumo, assez content j'ai l'impression, d'avoir trouvé une anomalie dans une bronche. Il me montre une image qui ressemble à un anus dilaté en précisant, dieu merci, que c'est un zoom. Il ajoute qu'il a insisté pour avoir les résultats mercredi (et insisté à cause du premier novembre) et que donc je dois venir le voir mercredi à 17h00. Jour où bien évidemment je ne suis pas libre. Là s'ensuit un dialogue assez ahurissant. J'avais déjà eu le sentiment de l'agacer un peu mais là...

Je lui rappelle que je travaille dans un hebdo avec bouclage mardi mercredi jeudi et que jusqu'au 15 novembre précisément j'avais déjà indiqué que je n'avais aucune disponibilité et que j'ai déjà fait des pieds et des mains pour avancer la fibro. Mais lui est furieux, vraiment, et il avance des arguments à la con comme quoi c'est ma santé, c'est important etc. A tel point qu'à un moment je lui signale qu'on peut aussi s'engueuler et se fâcher et ne plus se voir si c'est sa méthode à lui. Encore plus énervé quand je lui signale qu'entre discuter des résultats le 3 ou le faire le 17, ça ne devrait pas changer la face du monde. Il est parti tout renfrogné. 
Est-ce qu'ils vont me lâcher tous ces gens-là, à la fin ?

jeudi 28 octobre 2010

contrastes

Ai-je été atteint hier d'une flemmingite aigüe qui m'aurait empêcher d'écrire ? Non, j'ai même troussé mon petit billet quotidien et je ne l'ai pas posté. Il ne rendait pas compte de mon humeur de la journée.

Rétrospectivement, alors que je n'ai ni cahier des charges ni contrainte pour ce blog, je remarque que j'aime qu'il ait ma "couleur". Plus les faits relatés dans les billets sont minimes par rapport à mes activités et à mes affres de la journée, plus leur exposé, aussi futile soit-il, doit rendre justice à ma météo intérieure. C'est ma petite exigence.
Et ces deux derniers jours, aujourd'hui et hier, sont marqués par les contradictions. Comment faire cohabiter les plaisirs esthétiques, les déceptions de lecteur, les agacements passagers (et oui, le boulot...), les sentiments amoureux, les élans érotiques, les anecdotes amusantes, les projets dynamisants... J'ai renoncé. 

Autre frein à l'expression ces jours-ci : d'une part part je censure ce que j'aurais à écrire sur mon boulot, et d'autre part j'ai reçu quelques sombres nouvelles que je ne peux partager "en public" car elles ne me concernent pas directement, même si elles m'affectent droit au cœur.

mardi 26 octobre 2010

jardins

Le fils de Francis Blanche et de Régis Laspalès, c'est à peu près ce à quoi ressemble, physiquement, l'anesthésiste. Soit : un sanglier tassé, en mode rieur.
Je suis allé au rendez-vous moitié en vélo, moitié en métro, jusqu'à cette micro clinique dans une petite rue du côté de La Fourche. C'est un coin que j'aime bien, qui a gardé des aspects de quartier populaire.

Avec la secrétaire qui m'accueille, on prépare déjà le dossier d'admission pour vendredi après-midi. La pauvre, ça doit être bien chiant de faire toute cette paperasserie. Alors que de retour dans la salle d'attente, je rêvasse pesamment, un homme que j'ai déjà vu passer à plusieurs reprises s'approche de moi et me demande si j'ai terminé de remplir mon dossier. 
- oui
- alors suivez-moi.
Il m'emmène dans un ascenseur puis dans son bureau. C'est lui, l'anesthésiste jovial, qui ne s'est pourtant pas présenté. L'entretien est un classique du genre, décontracté, rapide. Il est précis, délivre toutes les informations légales qu'il a fournir, rit de bon cœur aux plaisanteries que je glisse ça et là. À la fin de l'entrevue, je me permets tout de même de lui demander, sur un ton mi-interrogatif mi-affirmatif :
- et vous, vous êtes le docteur B ? (Histoire de souligner qu'il a omis de se nommer, c'est un peu lourd, mais bon...)

Ensuite je redescends à pied jusqu'à la Place de Clichy, faisant une halte chez Guérisold, le vendeur de fringues d'occasion. (Cet hiver j'ai envie d'habits en coton molletonné gris clair et surtout d'un grand manteau en mouton retourné beige, article ringard que, me semble-t-il , je ne trouverais que chez les fripiers ou aux Puces de Clignancourt). Une frayeur : un court instant je crois que le Cinéma des cinéastes a été remplacé par un Célio... Non, il n'en est rien, c'est juste à côté. J'hésite un instant à aller flâner dans le jardin de l'autre côté de la rue que j'ai découvert il y a un an ou deux, ayant rendez-vous avec Malika à ce cinéma justement. (Pour les amateurs, c'est le square des Deux-Nèthes, du nom de l'impasse qui le longe, elle-même nommée ainsi en souvenir du département des Deux-Nèthes qui couvrait une partie de la Belgique et dont le chef lieu aurait été Anvers).

C'est ainsi qu'apparaît mon profil lorsqu'on l'affiche depuis
l'Égypte. Mille mercis à ma Cleopatra pour cet envoi fleuri.
Comme il fait beau je poursuis jusqu'à Saint-Lazare où est garé mon vélo, avant de rejoindre le journal.
En chemin, je pense à Alain que je n'ai pas indiqué comme personne de référence en cas de problème sur le formulaire de la clinique. Question de proximité, j'ai donné les coordonnées de mon frère.

Je m'amuse à constater que le chemin que prend l'amour est bien imprévu, et ressemble tant à ces cadeaux dont on n'a pas voulus. Fleur bleue ? Autres fleurs, des roses pourpres du Caire...





lundi 25 octobre 2010

les vieilles gens

C'est comme une blague.
Dimanche lorsque maman me parlait de l'infirmier (ou peut-être est-il médecin?) qui vient l'aider le matin à mettre ses bas de contention, elle dit :
- il est sympa, il a un petit accent, je me demande d'où il est.
Moi je questionne un peu à la mitraillette
- c'est quel genre d'homme ? Il est jeune, vieux, il est noir, rouge, jaune ?
- ah non, il est normal, répond-elle.

si t'es sage t'auras une image

Ce matin, arrivée très matinale au labo d'imagerie médicale, pour une énième radio pulmonaire, en vue de cette foutue fibroscopie. Je bouquine un peu dans la salle d'attente, on m'appelle assez vite. C'est une opératrice que je ne connais pas qui s'avance. Elle s'avère parfaite.

Ce qui révèle selon moi la qualité du personnel médical c'est la capacité à prévenir et à informer clairement, pas uniquement sur les questions médicales justement. Ici le détail signifiant est celui-ci : quand la radio est faite, l'opérateur a besoin d'une minute ou deux pour vérifier que les clichés sont bons, il vous fait donc patienter dans la cabine de déshabillage. L'opérateur attentif vous conseilllera de vous vêtir (inutile d'attraper froid, à priori si vous faites une radio des poumons c'est que vous êtes vulnérable de ce côté-là), mais de ne pas vous vêtir entièrement (inutile de tout ré-enfiler si il faut vous redéshabiller car un cliché nécessiterait d'être refait) ; l'opérateur naze fera les deux erreurs au choix, vous demander de poireauter à poil, ou au contraire vous laisser empiler chemise, pull et blouson au risque d'avoir tout à redéfaire.
C'est un petit rien, sauf qu'il donne du confort à tout le monde, il signe le soin apporté à la personne et en plus cela fait gagner du temps à tout le monde, personnel et patient.

Ce qui est moins parfait en revanche c'est l'entrevue avec le médecin chargé d'interpréter les radios. Une jeune femme qui d'emblée, sans me parler des clichés ou me questionner sur mon état de santé me demande :
- vous avez fait un scanner ?
Comme je ne sais pas si l'angioscanner est le type de scanner auquel elle pense je réponds :
- non
- pourtant on vous avait demandé d'en faire un, répond-elle sur le ton de gronder un enfant de cinq ans.
- les radios ne sont pas mieux? me risquè-je à demander (on ne sait jamais, ça pourrait m'intéresser les résultats ?...)
- ah non, ce n'est pas mieux, c'est pareil, assène-t-elle toujours sur le mode de l'engueulade comme si c'était le fait de ne pas avoir fait de scanner qui était la cause des radios stationnaires. Il faudrait faire un scanner.
- mais vous savez, je suis suivi par un pneumologue.
Elle me jette un regard torve. Comment, un médecin s'interposerait entre elle et moi ?
- vous le voyez quand ?
- en fin de semaine, quand je ferais la fibroscopie, lui dis-je pour conclure et prenant mes affaires pour indiquer que l'entretien finit là.
J'ai déjà remarqué que les marchands d'images médicales poussaient pas mal à la consommation. Lors d'une précédente pneumonie, dans un autre labo, le médecin me conseillait de faire une radio une semaine après la première, alors que tout le monde sait que les images pulmonaires mettent beaucoup de temps pour revenir à la normale (et donc refaire une radio si proche de la précédente, c'était une hérésie).

Pour chasser toutes ces conneries de ma tête, en attendant de récupérer ma carte vitale, je fais une photo de l'un de trois sièges de Konstantin Grcic que le labo possède. Au moins ça, c'est bien.


riches heures

Journées rondes, multiples, pleines, chaleureuses.
Samedi matin, rdv chez Yolande, à Saint-Cloud pour une journée de travail avec quelques collègues de formation. 
Le mois d'octobre des Très riches heures
du duc de Berry. Quand j'étais adolescent,
j'étais fasciné par ces images.
Je fais une partie du chemin à pied, du terminus du métro parisien à l'immeuble de Yolande, environ trente cinq minutes dans un paysage urbain assez étrange, mélange de tous les genres d'habitations et de toutes les époques. On devine les strates de la ville : d'abord lointaine de la capitale avec ses petits châteaux, ses gentilhommières et son village, banlieue lointaine avec ses maisons cossues, banlieue chic avec ses allées privées et ses bâtiments réhabilités, puis extension de Paris avec ses immeubles qui tendent le cou au dessus de la Seine et toutes ces bâtisses modernes de tout style engoncées entre les vestiges de l'histoire.
Lorsque j'arrive, Yolande m'annonce qu'elle a passé une partie de la nuit sur mon blog et qu'elle s'est "lâchée" dans les commentaires. J'avais oublié qu'elle n'avait plus de connexion à Internet mais depuis la veille elle est à nouveau "on line"...
On bosse de façon informelle mais très intéressante, en échangeant librement autour de nos futurs mémoires ou des notes de synthèse. Délicieuse pause déjeuner à base de galettes et de crêpes réalisées la veille. L'après-midi passe vite car pour plusieurs il faut reprendre un train, ce qui avec les grèves se complique un peu. Je rentre à Paris en voiture avec Rony et Flore-Emma qui doit rejoindre la gare du Nord. La pluie s'est mise de la partie et a paralysé toute la circulation : je tente de masquer mon appréhension que Flore-Emma, (nous terminons le trajet en métro) n'atteigne pas à temps la gare. Quand j'arrive chez moi je reçois un texto : elle est dans le train! Petit plaisir.
Bouquin emprunté à Yolande : le fameux "Aie! mes aieux", de Anne Ancelin Schützenberger.

Grâce à Skype, longues discussions avec Alain, qui est à Amsterdam, et Nelly qui est au Caire, ça fait chaud au coeur. 

Un soleil dans mon verre,
photographié à midi cette semaine
Lorsque je confirme auprès de ma mère ma venue le lendemain, elle a une bonne voix, tonique, enjouée, comme je ne l'ai plus entendue depuis longtemps. 
Ce qui se vérifie le dimanche.
J'arrive chez elle avec un déjeuner acheté chez le traiteur, des radis et des pommes du primeur. 
Elle est radieuse : un infirmier passe chaque jour pour l'aider à mettre ses bas de contention, et son beau-frère a fait un saut à l'hôpital chercher une ordonnance pour que cela soit pris en charge. 
Elle continue à en mettre sur les deux jambes, je comprends que la pédicure qui l'avait aidée les premiers jours lui positionnait mal, sous le genou, mais je pense que maman lui avait mal expliqué le pourquoi du comment de ces bas donc elle ne pouvait pas deviner.
Ce qui est intéressant qu'est que maman a pleine conscience de ce qui s'est joué pour elle dans cette phase de maladie : conscience de s'être beaucoup égarée pour un mal bénin, conscience d'avoir réagit de façon très négative et très exacerbée aux gênes passagères, conscience que son refus de la maladie l'empêchait de se soigner convenablement. 
C'est constructif, on peut parler en toute lucidité, ça me fait du bien de retrouver maman comme cela, j'avais l'impression qu'elle était passé de l'autre côté du rideau. Elle mange bien, elle rigole, elle me raccompagne jusqu'au métro.

Dans l'après midi, communication avec Françoise P. : il est encore question du mémoire et du blog. Je me rends compte que je ne lui ai jamais parlé du projet. On évoque le dévoilement, la création dans l'ici et maintenant, l'exposition etc.

Le soir, je baise au "bordel" et en rentrant tard la nuit je prends le courrier dans la boîte aux lettres : Nelly m'a envoyé de Turquie "Extension du domaine de la lutte", qu'elle avait acheté à Paris (ce que j'ai failli faire l'autre jour)... C'est la bibliothèque volante !

vendredi 22 octobre 2010

drôle de planète

Il existe, dans les "tuyaux" de ce blog, un onglet "statistiques" qui permet de visualiser le nombre de pages qui ont été consultées ; il y a même une carte du monde (oui, du monde !) dont les pays d'où l'on vous lit se colorent au fur et à mesure des lectures. Tout cela pour dire que je n'avais pas vraiment remarqué cette carte, jusqu'à ce que Nelly pose le pied au Caire, ce qui a immédiatement teintée l'Égypte et modifié la face du monde! (Moderne Cléopâtre qui, avec la Turquie, avait déjà considérablement agrandi mon empire!...)

J'ai surfé à nouveau dans la journée sur des journaux intimes/blogs, et je dois avouer que j'en ai éprouvé une sorte de nausée au bout d'un moment. Pas très sensible aux postures d'"écrivain" (et il y en a), vraiment lassé par les prétentions littéraires (énormes), tout à fait ennuyé par les micros observations comme par les commentaires réactifs (et plutôt stériles) sur l'actualité, et surtout gêné par une sourde agressivité ressentie ça et là. De la prise de bec à découvert (à coup de messages ou de commentaires désobligeants), à l'aigreur distillée à longueur de billets en passant par des attitudes hautaines (je sais tout mieux que tout le monde)..., oui, ça m'a pas mal fatigué. 

Aussi en rentrant la vue de la lune au-dessus des toits m'a calmé et réconcilié avec la beauté de la nature.

J'ai déchanté plus tard quand je suis retombé sur Farid, dans la rue (voir billets du 19/09, 12/10 et 19/10). Frigorifié, plutôt à bout, pleurant presque en me parlant, plus déprimé que je ne l'ai jamais vu, bien qu'il soit à nouveau en contact avec sa copine et qu'ils aient tous les deux un hébergement réservé de façon quasi sûre pour la fin novembre.
Mais la fin novembre, c'est loin avec ce froid. Voilà qui me remet devant une situation que certains nommeraient "castrante". Quelle impuissance! Que faire ?

Après, douce conversation au téléphone avec Alain.

jeudi 21 octobre 2010

sur la toile

Agréables moments à lire des articles autour des thèmes de l'écriture de soi, de la connaissance, de l'amour-propre... Envie de retrouver Montaigne et Rousseau, et de découvrir Krishnamurti que je n'ai jamais lu. J'enrichis de liens le blog que j'ai créé pour m'aider à mon mémoire de psy (et qui est bien nommé "aide mémoire"...), et j'ai découvert des blogueurs qui tiennent des journaux intimes qui pourront peut-être me servir de support de réflexion. Certains montrent une recherche dans l'écriture qui me laisse  perplexe.

(Tout cela malgré l'agitation autour de moi, au journal, qui cet après-midi pourrait se résumer à ce très intéressant cas de conscience : "Non, tout de même, on ne peut pas dire que le décolleté de Marion Cotillard à cette soirée était hallucinant ; à la limite vertigineux, mais hallucinant, non..."
Sans commentaires.)

J'ai en réalité assez peu de temps pour la "vraie" lecture ces dernières semaines. Je bouquine avec peine "City Boy", de Edmund White, en vo, que je trouve assez plat mais c'est aussi ma difficulté à lire en anglais qui appauvrit le texte. "Un secret" et "la Petite Robe de Paul", de Grimbert, que m'avait achetés Nelly, m'ont sévèrement déplu : déception, ennui et dégoût..., c'est beaucoup, et c'est ce mauvais goût qui m'en reste en bouche qui m'empêche d'aller vers d'autres ouvrages.

Cet après-midi je prends aussi cinq minutes pour faire le lien avec le blog 716 (voir billet d'hier). Il faut aller dans l'onglet "about" pour trouver les autres avatars de 716, celui consacré à la musique et celui consacré aux balades dans Paris.

Rentré à la maison ce soir, je téléphone à maman pour prendre de ses nouvelles. Elle a pris l'habitude de répondre "très mal" quand on lui demande "comment ça va?", ce que je trouve pénible, impression pesante doublée du fait qu'elle n'utilise pas ses prothèses auditives et qu'il me faut littéralement hurler dans l'appareil pour qu'elle m'entende. Elle a réceptionné les bas de contention qu'elle avait commandé, et je comprends qu'elle en met aux deux jambes alors qu'une seule est gonflée. Elle n'a pas non plus l'idée de rabattre le haut du bas qui lui fait mal au niveau du genou. Surtout, elle a beaucoup de difficultés à les enfiler, vu qu'elle a une hanche qui a une amplitude limitée et que certains de ses mouvements sont contraints. Pas très drôle. Une pédicure sympa du quartier l'aide à le faire le matin avant ses consultations. Je lui propose de venir dimanche matin.

Mes gants cambodgiens : lorsque nous étions à Siem Reap, Alain et moi, en début d'année, les chauffeurs de tuk-tuk portait des mitaines pour se protéger du soleil, qu'ils mettaient à l'envers de façon à ce que le motif Spider soit sur la paume extérieure (en réalité c'est un dessin en caoutchouc qui a une fonction antidérapante et doit naturellement se situer côté interne). Dans les années 80 ma sœur m'avait ramené du Japon des gants en laine grise Kansai décorés eux aussi de motifs graphiques blancs antidérapants et je les arborais crânement à l'envers également (je les adorais, je les ai oubliés un soir dans un taxi).
En souvenir, j'ai questionné un de ces chauffeurs cambodgiens qui, moitié abasourdi moitié flatté que je veuille la même chose que lui, m'a indiqué où en acheter.

mercredi 20 octobre 2010

encore mercredi

Ce matin avant d'aller bosser je vais au labo faire les analyses en prévision de la fibroscopie de la semaine prochaine. Dans la salle d'attente, il y a cet homme à la barbe singulière que je connais, mais ne sais pas d'où. Puis je me souviens, je l'ai vu sur un site de rencontres-cul. C'est amusant. Il a l'air moins intéressé par moi que lorsque je n'étais qu'une photo numérique (c'est tout de même vexant) même s'il se risque à un petit sourire.


Le pansement réalisé par l'infirmière
à Chemin-Vert, après une journée de travail
qui l'a pourtant bien chiffonné. A comparer
avec le monstre fait par l'opérateur
du scanner l'autre jour ("scanomalies", 20/09). 
L'infirmière me pique doucement.
- ça va ?
- ça va toujours ici.
- il faut dire que vous avez de bonnes veines.
Lorsque qu'elle a terminé de placer le pansement, je lui demande de m'aider à fermer le petit bouton de la manche (j'ai choisi ce matin une chemise dont les poignets s'ouvrent largement pour pouvoir dégager le bras convenablement). Elle le fait avec une gentillesse toute naturelle.
- ah, ce petit bouton que les hommes ne connaissent pas parce qu'ils ne repassent pas leur chemise eux-mêmes...

Petit truc appris aujourd'hui : comme le scotch du pansement à une matière proche du papier, le mouiller permet de l'enlever plus facilement.
Dans la journée, j'ai le temps de déjeuner avec Malika qui m'apporte des préparations libanaises de déserts cousins du sütlaç turc. Rien que de regarder les emballages cela me fait voyager un peu.
On discute Thailande, journalisme et blog entre autres sujets. On ricane un peu amèrement, avec anecdotes à l'appui, sur la déchéance des métiers de la presse... Le temps passe vite, et le bruit du resto s'oublie vite aussi.

Dans l'après-midi, cherchant à vérifier si la boulangerie qui fait du pain russe (voir "encore un p'tit tour" billet du 19/10) est loin de la clinique où je dois aller prochainement, je tombe sur un blog qui en parle avec moult détails, et qui évoque aussi quelques restaurants que j'aime bien, dont justement "ma cantine" turque, le Derya. Je vais donc ajouter un libellé "cuisine" et faire un lien vers ce blog. Sous le terme générique 716 se déclinent plusieurs blogs gérés par la même personne, je n'ai pas eu le temps de surfer partout mais j'aime assez cette idée. Je constate très clairement que je ne suis pas de la génération de Guillaume, qui anime ces blogs, car j'ai mis un quart d'heure à comprendre pourquoi ils se nommaient sept cent seize : bien sûr il faut lire "c'est ainsi" (précision pour les vieux).

point de vue

À la faveur d'un dîner annulé, j'ai enfin le temps de téléphoner tranquillement à P. (voir "Plaisirs", billet du 17/10). C'est agréable. Nous communiquons régulièrement (et brièvement) par mail mais comme elle n'habite pas Paris, on se voit très peu. Cette discussion autour du blog est donc l'occasion de se donner des nouvelles, de parler de ses projets etc.

Alors oui, elle déteste le blog. La première gêne exprimée : "l'impression de lire des choses que je n'aurais pas dû lire, de savoir des choses que peut-être j'aurais préféré ne pas savoir". C'est assez proche de ce que m'avait restitué Alain en premier lieu. Puis l'inconfort d'être voyeur, et la désagréable conscience qu'un certain voyeurisme serait comblé, titillé. 
Son rejet est suffisamment fort pour qu'elle ait cessé de le lire après quelques billets. Autres questions : mais que vaut une confidence si elle est faite à tout le monde ; est-ce que si tu m'avais parlé de ça (par exemple les problèmes pulmonaires) tu m'aurais raconté tout cela ; n'y a-t-il pas un certain mystère de la personne qui se perd...

Bien sûr je lui raconte la nature de l'"expérimentation" du blog pour moi, et sa genèse : les interrogations autour de l'introspection, de la solitude, de la communication, de l'écriture de soi, tout cela mis en face de la gestalt thérapie pour qui le sujet est toujours en rapport, toujours en contact. C'est amusant d'ailleurs de parler de cela avec elle qui a une attention portée sur l'intériorité, avec une vraie pratique de la méditation.
Plus tard elle évoque le pélerinage de Saint-Jacques de Compostelle et m'apprend l'existence de l'expression ou interjection "ultreia", un signe de ralliement des pélerins ou cri d'encouragement qui signifierait "plus loin, plus haut!"

Aujourd'hui je regarde sur le Net et Google indique l'existence d'un chant pour les pélerins intitulé Ultreia. Je m'amuse à chercher des vidéos, j'écoute deux trois extraits qui sonnent à mes oreilles comme vaguement troubadouresques et je tombe sur une page Youtube avec un stock de vidéos aux titres évocateurs "Claquez bannière de chrétienté", "Nous voulons Dieu", "Hymne de la monarchie française" etc, qui me font froid dans le dos (mais tout le monde n'a pas eu un grand-père royaliste).

mardi 19 octobre 2010

encore un p'tit tour

... en Ouzbékistan cette fois. 
Après être allé chez mon fournisseur de lunettes (qui porte un nom arménien ressemblant à une formule magique médiévale, c'est pour cela que je l'ai choisi et pour cela aussi que lui a préféré conserver l'ancienne enseigne du magasin, Arthur opticien), j'ai fait une halte rue Trévise et me suis arrêté pour déjeuner chez Boukhara Trévise, un "restaurant ouzbek et spécialités d'Asie Centrale" indique la carte.
La petite salle est décorée d'objets artisanaux dont certains sont à vendre (céramiques, petits sacs et chapeaux brodés...), de quelques photos et d'une carte qui n'est pas superflue pour moi (tiens, la mer d'Aral fait à moitié partie de ce pays ?).
À côté de moi, une table où trois femmes discutent dans une langue qui semble le russe. Plus loin, une jeune femme déjeune avec un acteur de théâtre, du genre Marielle, même génération ou un peu plus jeune, et grosse voix, avec un look un peu plus agricole. Enfin une autre tablée avec trois jeunes gens tout à fait de l'époque qui ont des projets confidentiels en lien avec Internet. De laisser traîner mon oreille de droite et de gauche je me souviens de la conversation entendue samedi soir dans un autre resto, turc cette fois :
"- Ah l'univers de Mickey, on ne se rend pas compte... Il y a des personnages vraiment border line. Par exemple dans Picsou, tu te souviens, Gontrand. C'est le chanceux, il ne lui arrive que des trucs incroyables. Ah l'univers de Mickey..."

Et alors, cette nourriture ouzbeke ? En réalité ce qui m'a frappé le plus, c'est le pain : un pain noir, moelleux, très épicé, qui semble au début sucré puis ensuite légèrement amer et légèrement âcre. Délicieux. "De la coriandre et peut-être un peu de cumin", avance le garçon à qui je demande des éclaircissements. En tout cas il me donne l'adresse de son fournisseur : la boulangerie Triumph de Levis, 74, rue de Levis, 75017 Paris. La carte porte la mention "le pain russe fait maison".

En sortant je fais quelques photos de tentures, car le contraste m'amuse : il y en a de très très vives et d'autres en tons pâles. Cela fait plusieurs fois que je note mon attrait pour des expressions populaires, intérêt  difficile à décrire. Émotionnel, évidemment pas esthétique. À suivre ?....

matin

Levé à l'heure habituelle je me tâte pour aller faire les analyses demandées par le pneumo en vue de l'anesthésie et la fibroscopie la semaine prochaine. Sauter à jeun sur mon vélo ne me pose aucun problème mais il faudrait que je regonfle le sus-dit bicycle et je dois passer chez DC, l'efficace gardien d'immeuble qui a récupéré un paquet qu'Alain a fait expédier en France plutôt qu'en Suisse pour économiser des frais de douanes. Un peu court dans le planning...
Je descends chercher le paquet et téléphone à Alain pour l'informer que tout est bien là : la doudoune, la casquette, le polo. Le paquet vient de Chine. Hier, en allant au cours de yoga qui se trouve du côté de Ledru-Rollin, rue Saint-Nicolas exactement, je constate comme le quartier a évolué, comme cette rue du Faubourg-Saint-Antoine vouée à l'ameublement est petit à petit envahie par les magasins de fringues et les enseignes que l'on trouve partout : Habitat, Starbucks etc. 
Soudain j'ai un doute désagréable. Et si Alain avait acheté cette doudoune pour moi ? Il en a déjà une presque identique... Il est souvent tenté de me faire des cadeaux au forcing, de cette façon, alors que je n'aime pas beaucoup ça. D'autant que je me décarcasse pour essayer d'acheter français ou européen... 

Impossible de ne pas partager cette amusante découverte, vue dans le doc "les Rêves Dansants" (voir billet d'hier) : le petit train de Wuppertal qui marche les pieds au plafond. On le voit à plusieurs reprises dans le film, en fond, lors de l'interview de certains ados, et cela donne une petite pointe de merveilleux supplémentaire. On dirait une invention de Jules Verne qui aurait été réalisée à la lettre. J'ai piquée cette photo sur Internet (pas de crédit mentionné),il y en a beaucoup d'autres, notamment des plus anciennes. Surfez ! En allemand il s'appelle le Schwebebahn.


chaud et froid

"Mais alors qui est-ce, P. ?" s'enquière avec malice Malika quand je la retrouve au cinéma, avec Thomas et Saadia...  Pas eu le temps d'appeler P. pour me nourrir de sa cordiale détestation (voir "plaisirs", billet du 17/10). Je vais tâcher de le faire demain dans la journée car dans la soirée je suis pris à nouveau.

Hier soir nous étions donc scotchés devant "les Rêves Dansants", ce documentaire si émouvant sur le travail de Pina Bausch (en réalité de deux de ses acolytes) avec des adolescents de Wuppertal.
Ce qui est particulièrement beau dans ce film c'est la façon dont, au fil du travail, l'histoire de ces adolescents surgit (un travail qui mobilise le corps, le toucher, qui questionne le rapport à l'autre, à son propre genre sexuel, à la séduction, au rapport homme-femme, le regard sur soi..., la liste serait trop longue tant la pièce est très riche). Il y a ce qu'ils racontent d'eux, il y a ce qui s'incarne dans les personnages qu'ils jouent, il y a ce qui se met en mouvement sans le secours des mots... J'avais parfois les larmes aux yeux.

Moi ça m'intéresse aussi à un autre niveau (côté psychothérapie), de constater comment le groupe peut aider chacun à se réaliser.

C'est un documentaire d'Anne Linsel et de Rainer Hoffmann.













Et ce soir, j'étais mobilisé par un cours de Yoga pris en compagnie de Maria Lucia (cela fait combien de mois qu'elle m'en parlait ?), donné par Julien Lebbihi. Il a une présence agréable, une simplicité sympathique, un regard attentif et léger : j'aimerai avoir l'énergie de m'inscrire pour un trimestre de cours.

Aujourd'hui j'ai encore regardé quelques épisodes de Rome. La fin de la première saison est triste, avec la mort de César, la déchéance de Vorénius. J'ai attaqué la seconde : elle m'a semblé plus violente que la première (ou alors c'est une violence plus crue, plus sadique) et m'a parue comporter pas mal d'enculades et d'allusions à l'homosexualité dans la société romaine. Est-ce que je me lasse ou bien les rebondissements du scénario sont-ils un peu patauds (le gentil Pullo, les enfants enlevés que l'on croit morts etc) ? Reste que la peinture de la société au quotidien est savoureuse. 
En réalité je pense que le personnage de César me manque.

Il a commencé à faire froid et mon esprit ne peut s'empêcher de se tourner vers Farid, le jeune sdf dont j'ai déjà parlé ici. Pas vu depuis deux jours. J'espère qu'il a trouvé un hébergement d'urgence. Quand il était avec son amie, ils avaient plus de difficultés à se loger car ils ne voulaient pas se séparer et les hébergements pour couple sont rarissimes.

dimanche 17 octobre 2010

plaisirs

Week-end très doux en compagnie d'Alain, à ne pas faire grand chose.

Nous passons tous les deux chez Selim, le coiffeur, le samedi matin. L'après-midi, pendant qu'Alain fait du shopping, je vais voir ma mère qui loge pour ces deux jours chez mon frère, lui étant parti avec sa femme et sa fille à Venise. Tout cela permet de débrouiller un peu ce qui s'est passé avec maman ces derniers jours, l'hôpital, le médecin etc.
Lors de sa deuxième visite à l'hôpital le vendredi matin (maman avait toujours sa jambe gonflée,  toujours mal et subitement semble-t-il de la fièvre), le diagnostic posé le lundi (?) a été enfin éclairci : en fait ma mère a un bête nodule derrière le genou, un kyste poplité. Rien à faire sinon attendre. 
Au moins cette fois l'équipe hospitalière lui a-t-elle prescrit des anti-inflammatoires ce qui n'avait pas été le cas la première fois (!!!!), et modifié son traitement anti-douleur.
L'après-midi un médecin de ville complète l'ordonnance avec un traitement anti-ulcère, classique lors de l'utilisation d'anti-inflammatoire surtout pour une personne âgée (76 ans). Là encore, pourquoi à l'hôpital ne lui a-t-on pas prescrit, c'est un mystère.
Donc ce samedi je l'aide à s'y retrouver avec le traitement, je la masse encore un peu. Dans la chambre de mon frère et ma belle-sœur, où elle est installée, un mur entier est couvert de BD. J'en extirpe "Persépolis", de Marjane Satrapi, et lui conseille de le lire.

Ce qui ressort de cet épisode médical est que, contrairement à d'habitude où ma mère néglige plutôt de se soigner et fait traîner les symptômes en longueur, elle aurait été cette fois dans une inquiétude excessive (par exemple elle n'avait pas de fièvre) et rapidement déboussolée (difficulté à restituer le planning des événements, difficulté à gérer les médicaments, à évaluer sa douleur etc). S'en souvenir pour l'avenir.
Ce matin, dimanche, elle me sort du lit par un coup de fil pour me dire, triomphante, que le genou a dégonflé. Ne reste que le mollet et la cheville boudinés. Elle a la voix de celle qui aurait gagné une compétition.

Tendres moments avec Alain. Je l'accompagne à la gare du Nord reprendre un "RER service minimum". C'est plutôt pas mal organisé, comme la dernière fois quand je suis parti direction la Sicile. Un train toutes les vingt minutes, ça va.

Et alors que je viens de vérifier sur Internet les horaires du film que je vais voir ce soir avec Malika, je trouve ce message dans ma boîte, qui émane de P. :

 Bonsoir Frédéric,
Je déteste cordialement ton blog...
ce serait un peu long à t'expliquer , aussi tu peux m'appeler si tu as envie d'en savoir plus. 

 Oui j'ai envie d'en savoir plus.

Clin d'œil au week-end vénitien de mon frère,
cette photo prise dans la cour du Ca d'oro il y a trois ans.


vendredi 15 octobre 2010

airbag

Je commence un billet pour raconter les allers et retours que ma mère a faits (ou aurait faits) entre l'hôpital et chez elle aujourd'hui et peut-être hier. Pas facile de comprendre ce qui se passe vraiment, entre les versions du matin de ma belle-soeur, celles du midi et de l'après-midi de mon frère, et celle, incomplète, de ma mère ce soir qui prétexte être trop fatiguée pour expliquer. J'en saurai plus demain en allant la voir, et donc pour l'instant le sujet est clos.

Et oui, tu vois, cher lecteur connu ou inconnu, c'est notre point commun que jusqu'à aujourd'hui tu ignorais. Comme toi, exactement comme tu le ressens dans le secret de ton âme, ma mère que j'aime me gonfle (tu vois, je t'avais prévenu, c'est tout pareil).

Maintenant je vais filer à la gare du Nord, récupérer mon Alain qui vient de Suisse (avion puis RER B service minimum). Il reste jusque dimanche après-midi. J'aime toujours voir sa silhouette si reconnaissable se détacher de la foule, dans la gare où déjà dans la rue à ma rencontre. C'est bon.

jeudi 14 octobre 2010

un p'tit tour

Deux photos qui me rappellent de bons moments passés à Catane, dans un petit resto populaire et vraiment bon. 
On sent qu 'elle est intimidée cette dame, visiblement décontenancée, pas très à l'aise des regards portés sur elle. J'ai pris une photo avec mon mobile (je n'avais que cela sur moi) elle s'est avérée floue, donc je lui ai demandé de ne plus bouger, pour en refaire une, exigence qui l'a rendue encore moins naturelle!
Le bras que l'on voit apparaître à gauche par le guichet, c'est le mari, un petit homme assez sec, moustachu, plutôt macho à la cow boy. Le premier soir que nous avons dîné dans ce resto, c'est lui qui était en salle, et madame en cuisine. Cette seconde fois, celle de la photo, c'était l'inverse : madame servait, monsieur faisait la tambouille. 
Est-ce qu'ils alternent tous les jours ?


La salle est un joyeux capharnaüm : les murs sont couverts de tableaux, de quantité de photos d'un même enfant (un fils, un petit-fils ?), d'images de la vierge et de padre Pio. La télévision est allumée, parfois la radio en plus... Il y a moins de dix tables je pense.

On mange du fait maison sous nos yeux (ou presque) puisque  la cuisine communique avec la salle par le guichet que l'on devine en haut (en revanche elle s'ouvre complètement sur la rue pour s'aérer des fumées et vapeurs de cuisson).
Tout est préparé avec soin, avec attention ; tout est frais, comme cueilli et pêché du matin. C'est simple, surtout authentique, ce qui, dans ces lieux touristiques, tient du miracle.

Je ne sais pas pourquoi j'ai eu envie de montrer cela aujourd'hui. J'avais prévu de le faire, c'est un lieu que j'ai aimé, mais pourquoi maintenant ? Je crois que c'est le fait de penser à ma mère (voir "de l'origine", billet du 11/10) qui a glissé l'image de cette mama dans mon esprit.
Peut-être aussi le dernier message de Maria Lucia sur mon mobile, où elle évoque sa vieille tante et sa mère aussi.

mercredi 13 octobre 2010

rectif

Première tache de la matinée : modifier mon rendez-vous pour la fibroscopie. Hier j'ai repoussé le truc aux calendes grecques (le 19 novembre) à cause de semaines de boulot chargées à venir.
Puis j'ai pesé le pour et le contre d'une façon différente : j'ai plutôt hâte de m'en débarrasser de cet examen, et tant pis pour ce boulot qui n'est pas toujours très bienveillant avec moi. Résultat, après deux ou trois coups de fil, j'avais amené la fibro au 29 octobre. Parfait.

Avec amusement je découvre que EMA, ma chère doctoresse, a réagit de la même façon. Elle a lu le billet d'hier (12/10) et m'envoie un mail pour s'étonner du rendez-vous tardif. J'adore. Et je prends plaisir à lui dire que j'ai rectifié ça.

En post-scriptum, elle m'informe qu'elle préfère apparaître ici sous la forme d'initiales.
Vite, c'est la première tache de ce soir, reprendre les billets qui comportent son nom et modifier tout cela (oups, j'en profite pour corriger de grosses fautes ici et là...). C'est dommage de la réduire (pour les lecteurs...) mais EMA, c'est ainsi qu'elle paraît dans mon agenda, mon téléphone, mon répertoire. Donc pour moi, c'est familier, c'est finalement plus personnel que son nom au long.

Ce qui m'amuse avec ce blog, c'est que, exception faite de Yolande, personne n'ose envoyer de commentaires ici, alors que j'en reçois par mail qui m'intéressent et me permettent de petits ajustements.

Par exemple j'en profite pour préciser que, à part cette image radio pas terrible, je vais bien.

mardi 12 octobre 2010

la valse à mille temps

Du mou.
Ce jour c'est le grand retour de mes poumons : radio le matin, consultation avec le pneumo le midi.

Au centre d'imagerie médicale, il n'y a pas la bande son brésilienne, mais un jazz à la Ella Fitzgerald, en sourdine. Je tombe sur la mauvaise opératrice, la petite frisée qui vous parle de l'autre bout la pièce, vous tournant le dos et le visage dirigé vers ses appareils, quand vous êtes encore dans le petit cagibi pour vous déshabiller. 

Est-ce un manque de médecin causé par la grève ? J'attends mes résultats cinquante minutes.
Je remarque que dans la salle d'attente, il n'y a quasiment que des femmes. Deux sont assez belles, avec un style étudié : une élégante, en pantalon noir et blouson de cuir rouge, les cheveux très noirs, boucles d'oreilles concentriques de la même couleur, la peau rose poudre, les yeux noirs aussi, torse assez plat ; l'autre a une peau très blanche, des cheveux presque roux et un rouge à lèvre "pétard", plus de formes, en jupe sur des santiags chocolat, et superpositions de pulls de teintes particulières, violet et bleu canard. Elle pose un dossier de carton jaune acide et orange sur ses genoux et on croirait un tableau. 

Je pars avec mes radios sans voir le médecin qui les a commentées : je "poireaute" cinq minutes devant son bureau et je l'entends tout ce temps s'engueuler avec un collègue ou pester sur un absent, je ne sais ( "et qui c'est le patron" "et il va entendre un autre son de cloche ", etc) tout cela est trop pour moi après une heure d'attente ici.

J'entrevois que la radio du jour n'est pas très satisfaisante et cela me saute aux yeux quand elle est affichée avec celles des semaines passées sur le tableau lumineux du pneumo. Un très très léger mieux, à peine. Le Dr T. n'a pas l'air  inquiet, comme prévu on ne fera pas l'économie d'une friboscopie. La mauvaise nouvelle c'est que je pensais l'intervention bénigne, en réalité elle nécessité anesthésie et petite hospitalisation. Je la repousse au 19 novembre, ce qui n'a pas l'air d'enchanter le cher doc qui préconise, dans ce cas, une nouvelle radio et pourquoi pas un autre scanner ? Non, vraiment pour le scanner c'est non. Je lui pose plein de questions auxquelles il répond sans rechigner, il est pro, j'ai le sentiment  que je l'agace un peu.

Le soir en rentrant je suis fatigué, légèrement déprimé et en allant chercher du pain je tombe sur Farid (voir billet "la rue", 19/09) devant le supermarché. De suite il me fait signe, me demande de l'aider à se lever (il a des problèmes de genou parfois), il a besoin de parler, Laetitia vient à nouveau de le quitter, comme l'année dernière, ça date de cet après-midi, il ne comprend pas, il est dégoûté.
D'avoir vécu la rue et des années de galère assez destructrices, Farid n'en porte rien sur le visage : pas de dureté, pas d'amertume, même pas l'allure d'avoir le cuir tanné par l'expérience. "Il a l'air doux comme un agneau" disait de lui M. O., un ami qui habite aussi dans le quartier. Il se dégage de lui une gentillesse, une forme de candeur même, qui lui confère un certain charisme. Alors le voir dans cet état de désespoir et d'abandon, je l'aurais pris dans mes bras et embrassé (mais je n'ai pas fait).
Il a un oncle, haut fonctionnaire de l'état, qu'il n'ose contacter à cause d'anciennes et obscures affaires de famille. L'année dernière il m'avait demandé de lui trouver son numéro de téléphone (M.O. s'en était chargé), mais il ne s'est jamais résolu à l'appeler, voulant attendre de "s'en être sorti" pour le faire. Cette fois, il parait décidé à lui demander de l'aide.
Oui, j'aimerais qu'il le fasse et qu'il refasse du lien, autre que celui de la rue. Je lui donne un peu d'argent, on prévoit de dîner ensemble cette semaine.

Ensuite, à la maison, c'est le sketch avec le téléphone. Quand je suis avec Alain, Yolande appelle, puis quand je suis avec Yolande, Nelly laisse un message. Je skype avec Nelly, pour la première fois, ensuite je tache sans succès de joindre maman, cela me stresse, le téléphone sonne une fois dans le vide, une fois occupé, une fois bascule sur la boîte vocale, je crie "ça me casse les couilles", j'ai l'air con comme un personnage de Houellebecq puis j'appelle ma sœur savoir si elle a eu ma mère et ma mère rappelle pendant que je parle à ma sœur...
Bon, je vais aller me reposer.

lundi 11 octobre 2010

de l'origine

Je reviens de chez ma mère qui a passé la matinée à l'hôpital. Une jambe très enflée, douloureuse lui faisait craindre une phlébite. Là-bas, à cet hôpital, elle est prise en charge avec gentillesse me dit-elle. Seul hic, il n'y a pas de soins, juste la vérification qu'elle n'encourt pas une mort rapide.
C'est une vieille dame, un peu tordue, qui a boité les trois quarts de sa vie avant de se faire poser tardivement une prothèse de la hanche. On peut dire clairement qu'elle n'a pas l'agilité d'une acrobate de haute voltige, et là, avec sa jambe raide et gonflée elle fait vraiment pitié.
Pas de risque de phlébite donc elle ressort de l'hôpital avec des anti-douleurs pour six jours, et le bon conseil de contacter son médecin. A-t-on diagnostiqué quelque chose ? L'a-t-on
massée ? Lui a-t-on conseillé de marcher beaucoup ou au contraire de se reposer, de conserver la jambe en hauteur ou au contraire de tenter de la plier ? Rien du tout.

Elle me touche. Plus elle vieilli, plus elle s'adoucit, comme un vieux pull feutré. Elle se tord très très lentement, comme une branche d'olivier. 
Heureusement mon frère et sa famille n'habitent pas loin de chez elle. Il faut insister, mais pas trop, pour qu'elle accepte que je vienne au débotté, avec un dîner pour deux sous le bras. J'achète plein de gâteaux car je sais qu'elle chipotera et qu'elle mangera les pâtisseries demain. Toujours ça de pris, sinon elle maigrit si vite. Je lui masse la jambe, et je suis surpris qu'elle accepte avec naturel. Les mouvements à l'arrière du genou lui font du bien, mais je sais ce bénéfice assez provisoire, je l'en avertis.
Pendant le dîner, elle se fatigue rapidement et je la quitte tôt.

Le début de la journée, lui, fut marqué par Janus.
Intrigué par les dévotions et les rituels très présents dans la série "Rome", je surfe sur internet, objectif : le culte du dieu Janus. Je découvre toute l'importance, que j'ignorais, de ce dieu. Immensité... de mon inculture (et quel plaisir d'y faire germer ce grain romain). Le dieu des portes. Le double visage, regard sur hier, regard sur demain, et peut-être aveugle sur maintenant. Le premier. Celui qui garde la paix. Et du coup, je suis heureux d'être né en janvier, le mois qui lui est dédié. Commencement et polarité, c'est tout moi...
Forcément je croise les pas d'Ovide. Envie de lire les "Tristes", et Vernant, dont les livres sont en si bonne place au musée archéologique de Syracuse (j'en reparle...).

Ce n'est pas une sculpture du musée archéo
de Siracusa, mais une statue prise en photo
dans le château de Catania. C'est beau, non ?

soleils

Déjà la nuit, et la fin du week end.

Une longue conversation téléphonique avec Fabienne hier, sur un thème dont j'ai l'impression d'avoir débattu maintes fois avec elle : je ne lui téléphone pour ainsi dire jamais, elle a l'impression que les propositions de se voir sont toujours à sens unique, venant toujours d'elle. 
C'est vrai. Moi je pense en avoir fait le mea culpa plusieurs fois, et je n'arrive pas trop à changer ma façon de faire, d'autant que notre amitié de vingt ou trente ans me semble pouvoir se passer de ces inquiétudes. Elle, en revanche, ne valide pas le fait que nous en aurions parlé mille fois, et que de la même manière que je n'arrive pas à changer ma façon, elle n'arrive pas à ne pas se poser de question ("a-t-il toujours envie de me voir ?") et ce, malgré la durée de notre amitié. 
C'est sûr, cela se défend (son "je n'arrive pas" en face du mien), au moins la saveur de notre relation est que cela puisse se dire, et que l'on puisse s'ajuster l'un l'autre. On parle de son travail actuel de sculpture dans lequel elle s'est lancée tellement à fond, à la tronçonneuse, qu'elle s'est abîmé les tendons des deux mains. Cela m'inquiète un peu mais elle raconte aussi tout ce qu'elle a mis en place pour se préserver.
C'est bientôt la Fiac, nous irons vraisemblablement ensemble.

Dimanche en fin d'après midi je prends quelques minutes le soleil sur les marches de l'Opéra Bastille. Bonheur que cette chaleur, bonheur de la sentir goûtée par tous ceux qui, comme moi, ont squatté un petit morceau de l'escalier. J'essaye de faire une photo du contre-jour que produisent le soleil et la foule qui s'avance, ce n'est pas terrible, c'est pourtant une impression visuelle dont j'adore profiter, sur le moment, les yeux mi-clos.

Ensuite je rejoins Maria Lucia au cinéma, on se régale avec le dernier Woody Allen. En sortant on s'aperçoit qu'elle a été plus sensible au cynisme du film, moi, à l'espoir, aussi mince soit-il. Le personnage de la blonde prostituée m'évoque pendant tout le film l'acteur-metteur en scène Yves-Noël Genod, cela m'amuse beaucoup et je pense que la comparaison ne lui déplairait pas.

De retour à la maison je trouve un message de Nelly, en direct d'Istanbul, sur le répondeur, puis plus tard un mail (je ne sais pourquoi chaque fois cela me ravit d'entendre Nelly de là-bas).
Elle regarde des annonces de postes de professeur à l'étranger et il arrive que le texte précise, selon le pays : "le professeur saura conduire la petite moto indispensable à l'accès aux écoles." Bigre! commente-t-elle... 
Tout un monde en quelques mots.

À propos de quelques mots, je dois signaler que, souhaitant parfois synthétiser une conversation de plusieurs heures en deux ou trois phrases, je peux tendre à mes interlocuteurs un miroir un peu brutal, où leurs propos ont perdu en subtilités, si ce n'est en substance. Mille excuses à tous.

Aussi ce même soir je reçois un texto radieux : "T'es mon soleil. Je t'm"

L'idée me vient de la responsabilité : est-ce que cela n'est pas trop pour moi ?
Est-ce que je dois me sentir responsable de cet amour-là ?  
Puis ensuite : ce questionnement n'est-il pas bêtement lerenarddupetitprincissime ? 

Chauffe-toi à cette lumière, shouf... et mets ton esprit en veilleuse.

samedi 9 octobre 2010

tout dire or not tout dire

La journée est déjà bien commencée et je n'ai rien fait. Pourtant le soleil est là, ce qui tombe bien puisque j'ai l'intention de m'occuper des balcons : nettoyer les plantes, tailler et rempoter (mais la douceur du temps ne rend-elle pas cela trop précoce ?).

J'ai passé aussi quelques heures, et cela depuis plusieurs jours, à regarder des épisodes de la série "Rome" en streaming (c'est Nelly qui m'en avait reparlé lors de son dernier séjour à Paris). J'en suis au cinquième. Les conditions matérielles sont déplorables, mon ordi est petit, l'image ressemble à une bouillie de pixels (mais j'ai parfois l'âme expressionniste) et versions française ou originale sont aléatoires.
Pour l'instant, ce qui m'intéresse, c'est la présence de la religion dans la vie quotidienne des romains : ce qui est montré des rites, des prières, des superstitions, du pouvoir des prêtres etc. À suivre.

Alain m'a parlé du blog. Il me dit trouver cela dérangeant, "comme Malika" précise-t-il. Il ne sait pas encore si c'est "bien" ou non pour lui de le lire, s'il en a vraiment envie ou non. Apparaît pour lui ce qu'il sait ou ne sait pas de mon histoire passée avec Fred, et cela le déroute. Moi j'ai l'impression qu'il n'y a rien de secret, mais je ne suis pas un raconteur et il n'est pas un questionneur, donc...

Je pense que je vais créer un deuxième blog, privé cette fois, afin d'y noter ma réflexion pour mon mémoire de psychothérapie. Pourrait-il d'ailleurs avoir cette forme-là vraiment, celle d'un blog ? Pourquoi pas?

J'ai discuté avec mon frère au téléphone hier : il m'avait appelé alors que j'étais en Sicile et depuis nous n'avions pas réussi à nous parler de vive voix depuis lors, valse avec les boîtes vocales. 
Je suis très heureux de l'entendre, je l'aime beaucoup, et dans le même temps je m'aperçois que je suis tenté de ne pas le tenir informé de ce qui m'a pas mal occupé ces derniers temps, à savoir cette foutue infection pulmonaire, ce que cela a généré dans mon quotidien, la fatigue, les vacances en suspens, le sentiment de vulnérabilité etc. 
Je passe outre cette névrotique tentation du "ne rien dire" et je lui en touche un ou deux mots. C'est une façon, invisible pour lui, de me dire à moi-même que je tiens à lui.

Devant le Palais de justice de Catania, en Sicile, se tient une gigantesque
sculpture. La justice présente (à Dieu vraisemblablement,
nous sommes en Italie) un coupable et un innocent. Pour ceux qui aiment
lire entre les lignes, je précise que mon frère est avocat.

vendredi 8 octobre 2010

écrire avec

Un mot nocturne, accompagné des chants de mariage en ladino de l'album "Boda", de l'ensemble Saltiel (c'est là).
J'en ai offert un exemplaire il y a deux jours à Malika, clin d'œil à son prochain mariage, après un dîner dans notre resto turc habituel, mais je n'avais pas eu le temps de l'écouter en détail de mon côté. 

Entre nos deux brochettes de poulet-boulgour, Malika me raconte qu'elle trouve le blog assez traumatisant. Qu'apprendre toutes ces choses sur moi qui livre si peu ma vie d'ordinaire, c'est beaucoup : parfois touchant, mais parfois inquiétant. "Tu ne te rends pas compte", rajoute-telle. Sans doute.

Je glane ça et là deux ou trois autres réactions autour du blog. Alain, à qui je n'en ai donné l'adresse qu'avant-hier, lorsque j'ai "posté" une image de lui à la plage, ne m'en dit rien, sinon qu'il estime la publication de cette photo à l'équivalent de 500 baisers que je lui devrais... Yolande, que j'imaginais lire le blog jour après jour, m'annonce qu'elle n'a plus accès à Internet : elle est donc sans nouvelles, ce qui met en relief que livrer des informations et être en contact, ce n'est pas la même chose.
EMA, mon médecin, à qui j'avais demandé de jeter un coup d'œil pour savoir si elle souhaitait l'anonymat, me répond d'un message dont il manque la fin. Je comprends qu'elle l'a lu en entier, mais je n'en sais rien d'autre!

Hier soir je dîne avec mon filleul (et sa famille) pour ses quatorze ans. C'est maintenant un adolescent, avec un physique en devenir (les bagues dentaires ont disparues il y a peu), une voix qui se pose et des premières fois plein la tête. Des portes à ouvrir. Je perçois, maintenant qu'il sort de l'enfance, la possibilité d'un vrai rapport avec lui.

"Our bride says
What is the nose called ?
It is not called "nose"
But a pen to write with"

mardi 5 octobre 2010

vivons

Rendre compte, certes, mais rendons grâce aussi aux vivants, non ? J'ai un peu l'impression ce matin que les morts ont pris beaucoup de place ici.

Voici une autre photo de Sicile. C'est Alain, sortant de l'eau sur la plage de Giardini. C'est ainsi que je l'ai vu pour la première fois, il y a une dizaine d'années, sur une autre île, espagnole cette fois.

C'est l'homme qui m'envoie des bouquets de fleurs (voir "sans légende", billet du 06/09) et qui m'abreuve de mots d'amour "textotés" toute la journée. Une chose que j'aime bien chez lui, c'est sa silhouette, presque nu, comme sur cette image.










En revenant d'Italie, le voyage en avion a été un miracle de beauté : survol de l'île de Stromboli, avec son cratère fumant bien en évidence, la baie de Naples et le Vésuve, sombre, plus loin les Alpes et leurs sommets enneigés...

Une fois les pieds sur terre (avais-je à cet instant les fesses posées dans un bus ou dans
le RER ?), j'ai découvert ces affligeantes affiches publicitaires. Dure comparaison de la création humaine et des merveilles naturelles. C'est laid, bête et méchant. Je masque le nom de l'annonceur (comme on dit dans la pub), inutile de faire parler d'eux.

Si cela veut dire "consommer c'est tuer", le message est clair. 
Je suis injuste. Je note que je n'ai pas introduit Alain dans les libellés des billets. Je corrige cela maintenant. 

lundi 4 octobre 2010

rendre compte

J'ai répondu ce soir à Y. Pour la remercier sincèrement. Pour insister à nouveau sur l'importance des faits, ce qu'ils disent, comment ils font sens.
Pour dire aussi, si elle le comprend, que la loyauté que l'on doit aux morts doit s'arrêter à la porte de l'enfer, et ne pas enrichir Hadès "de nos gémissements et de nos pleurs".

Merci de ta réponse Y., 

je commençais à m'inquiéter de ton silence après t'avoir imaginée en longues vacances à l'étranger !

C'est en voulant noter deux trois choses autour de la mort de Fred que j'ai pris conscience que ce que je croyais savoir était de l'ordre de l'imaginaire (il était mort du sida et aurait demandé que je ne sois pas prévenu de sa mort). Je ne pouvais rien écrire noir sur blanc sans en avoir eu confirmation de quelqu'un qui savait vraiment.

Merci donc, car ces lignes m'apportent beaucoup de choses. 

Il m'avait effectivement parlé de cet été où il avait été mal, en des termes si édulcorés que je n'aurais pas pu imaginer qu'il ait déjà frôlé la mort à cet instant. Voilà qui donne une autre perspective aux conversations téléphoniques que nous avons eues cet hiver-là.

Je déplore évidemment que ses proches se soient sentis investis de cette mission funeste de ne pas me prévenir de sa mort : cela avait un sens qu'il ne le fasse pas, lui, fortement inscrit dans notre histoire, c'est pour cela que je l'avais imaginé comme tel ; pour ceux qui restaient en vie, en revanche, cela n'avait que le visage de la violence. Comment ne pas s'en rendre compte ?

Si tu apprends si ses cendres ont été portées dans quelque tombe, fais-le moi savoir s'il te plaît. Pour moi Fred est encore très présent. Mon amour pour lui n'a jamais été inconditionnel (et je sais qu'il en a souffert), il n'en reste pas moins immense. 

Bonne installation parisienne, 
Frédéric.


Détail de la fontaine de Carmelo Mendola, à Catania.

expirer

J'hésite à publier ce mail tel quel, c'est atrocement indiscret. Pas seulement vis-à-vis de Y.,  aussi à cause des détails qui sont donnés sur l'état de santé de Fred, je n'aime pas du tout cette indécence, je trouve cela moi-même choquant. Je regarde ce que je pourrais "caviarder", mais à part le détail sur le kaposi, je ne vois pas ce que je pourrais retrancher.
C'est le courrier de Y., daté du 02 octobre.

cher Frédéric

j'ai bien reçu tes courriers avec du retard car j'ai déménagé mon cabinet sur Paris depuis quelques semaines .
bien sûr, je suis étonnée de tes questions si longtemps après la mort de Frédéric.

Je raconte ma version des faits: Frédéric a commencé à être très malade l'été précédent sa mort, il avait beaucoup maigri , était épuisé, a eu une extension d'un sarcome de Kaposi difficilement maitrisable avec les piqûres d'interféron.
Il a passé une partie de l'été chez sa mère dans sa maison de campagne, j'y suis allée avec lui , j'y ai passé 3 semaines , il souffrait , passait la plupart de son temps à dormir ,mangeait peu , parlait à la fois de sa mort et de ses projets ..était dans une espèce de régression...
et puis l'automne , l'hiver ont passé il allait un peu mieux .
Fin février son état s'est aggravé , il a été hospitalisé , sa mère est venue s'installer dans l'hôtel le plus proche , j'ai "profité " d'une accalmie de son état de santé pour partir à un congrès annuel  sur le Vih à Milan et  il m'a appelé lui même une nuit le 18 mars pour me dire de rentrer à Paris car il allait mourir bientôt..il avait attrapé une aspergillose.
J'ai pris le premier avion , je l'ai vu une journée, il était calme , il a demandé à ce que tu ne sois pas prévenu de sa mort et que tu n'assistes pas à sa crémation. et il est mort le 19 mars.
son incinération a été longue , sa mère a  emporté l'urne  avec elle.

je ne sais pas si ces lignes vont t'apporter quelque chose, on a une mémoire de notre histoire avec Frédéric différente pour chacun et les faits ont  finalement peu d'intérêt....je respecte cependant ton désir de connaitre les derniers éléments de la fin de sa vie. 

cela fait bizarre d'écrire cela...et coincidence sa mère que je n'ai plus eu envie de revoir après sa mort a appelé à mon secrétariat pour me parler il y a quelques semaines, je n'ai pas réussi à la rappeler.

Je suis contente que tu soies ....vivant, j'ai eu l'impression de te voir l'été 99 dans la rue un soir en train de boire un verre avec des gens dans la ville espagnole Fontarrabie face à Hendaye...
pas réussi à m'approcher pour vérifier..





Le courrier se termine par une simple signature, le prénom de Y. Pas de je t'embrasse, pas de formule particulière. 





Je trouve qu'il y a beaucoup de choses très marquantes dans cette lettre, mais je ne vais pas en faire une explication de texte, je la trouve finalement assez parlante comme cela. 




Ce qui me frappe pourtant, c'est que j'ai clairement exprimé que j'avais besoin de connaître la réalité des faits pour accomplir mon deuil, et que Y. n'a pas l'air de le comprendre vraiment : 


" je ne sais pas si ces lignes vont t'apporter quelque chose", "les faits ont (...) peu d'intérêt", "je respecte cependant ton désir".



J'ai regardé sur google : aspergillose. Les aspergilloses sont des mycoses cosmopolites dues à un champignon du genre aspergillus. Ce sont des champignons filamenteux saprophytes que l'on trouve le plus souvent au niveau pulmonaire.


Je tousse, ça vous étonne?...